Editoriaux - Justice - Table - 2 juillet 2018

Taubira lance une nouvelle recette de cuisine : le Poutine en lamelles

La République française deviendrait-elle une iconostase ? Le jour même où Simone Veil faisait sa grande entrée au Panthéon, Christiane Taubira faisait sa petite sortie médiatique dans les colonnes du Parisien. Une interview de Nathalie Schuck qui n’hésite pas, en effet, à titrer : “Christiane Taubira, une icône en mission.” Un hasard, sans doute, que ce chassé-croisé de l’été. L’ancien ministre de François Hollande semble en pleine forme, rassurez-vous, mais inutile de vous dire que, le jour venu, sa panthéonisation fera partie de ces évidences qui s’imposent à l’humanité tout entière sans barguigner.

En pleine forme, donc, la Christiane. On pourrait même dire qu’elle mord la vie à pleines dents. Et pas que la vie, du reste. Ses canines se font un plaisir, dans cette interview, à déchiqueter ceux qu’elle déteste. En l’occurrence Donald Trump et Vladimir Poutine. Eux, on peut dire qu’elle ne les aime pas. Mais on n’est pas obligé d’aimer tout le monde et on a bien le droit d’avoir ses petites phobies à soi, non ? En fait, ça dépend. Il y a les maladies honteuses et celles que l’on peut révéler au grand public. La trumpophobie ou la poutinophobie font partie de ces maladies très chics, un peu comme le spleen ou la maladie de poitrine dans les étages bourgeois ou nobles du XIXe siècle, lorsqu’on ne disait pas encore dépression et tuberculose. Je suis poutinophobe, docteur, et, s’il vous plaît, j’aimerais bien ne pas guérir.

Trump, d’abord. On peut dire qu’il les cumule, aux yeux de Christiane Taubira : “fou furieux”, “un cocktail explosif inédit d’ignorance, de vulgarité, de détermination, d’aveuglement joyeux. Sexiste ! Raciste ! Xénophobe !” Un portrait à la diable qui ne laisse aucune chance d’humanité à Trump. Et puis vient le tour de Poutine. Alors là, comme a gentiment commenté Closer, Taubira n’a pas mâché ses mots. Luther King avait un rêve, Taubira aussi. Pas le même. Celui de l’ancien ministre de la Justice est de “découper en lamelles” le président russe. C’est une idée. Il paraît qu’elle se serait ravisée en demandant au Parisien de ne pas publier. Trop tard, c’est fait. Pourquoi cette demande ? Il eût été dommage d’être privé de ce songe. Parce que, maintenant, en plus, on a un peu l’eau à la bouche. Une fois découpé en lamelles, c’est quoi, la suite de la recette de cuisine ? On voudrait bien savoir, sans attendre le prochain numéro de Femme actuelle et sa rubrique « cuisine ». Avec ces belles soirées d’été en famille ou entre amis qui arrivent, on aimerait tellement étonner son monde. Ce soir, je vous ai préparé du Poutine en lamelles à la guyanaise, vous m’en direz des nouvelles. Chéri, va chercher le rosé au frais.

Mais je pense à un truc, maintenant. On a bien dit que Christiane Taubira est une icône. C’est incontestable. Une icône, c’est quelqu’un que l’on veut suivre, imiter, faire tout pareil qu’elle. Oui, et alors ? Taubira, là, par ces propos, elle n’incite pas un peu à commettre une certaine infraction au Code pénal ? Laquelle ? Atteinte volontaire à l’intégrité de la personne, car une fois découpé en lamelles, Poutine, il va marcher beaucoup moins bien, comme disait Bourvil dans Le Corniaud. Mais vous n’y comprenez rien, c’était une image, une allégorie, que sais-je, une métaphore. Mme Taubira, outre le fait d’être une excellente cuisinière, est une grande femme de lettres. Une humaniste. Au temps pour moi.

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