Editoriaux - International - 21 novembre 2018

Sylvain Tesson, un écrivain libre qui parle de la Syrie

Incroyable ! Le Figaro a décidé de diversifier ses sources et ses analyses sur la guerre en Syrie ! Confiné depuis sept ans dans le politiquement correct, à quelques exceptions près, notre quotidien bien-pensant donne la parole à Sylvain Tesson. Cet écrivain-voyageur hors normes a roulé sa bosse en Sibérie, sur les traces des évadés du goulag, le long de la Bérézina, à la recherche de la Grande Armée, au bord du lac Baïkal, dans le silence et la solitude. Et même en France, « sur les chemins noirs » de la ruralité, condamnée par la mondialisation.

Et notre écrivain-voyageur, une fois de plus, ne nous déçoit pas.

Il a arpenté la Syrie où il a vu Damas, Palmyre, Alep, Homs. Il s’est arrêté à Maaloula, le village chrétien martyr. Il a bivouaqué au Crac des Chevaliers, le plus beau château des croisades. C’est l’occasion de rétablir la vérité. Alors que les médias occidentaux nous serinaient que « les rebelles » (appellation commode pour éviter de les appeler islamistes) avaient conquis le Crac, il interroge le conservateur, Hazem Hanna : “Huit cents terroristes occupaient le Crac. Des Tunisiens, des Tchétchènes, des Algériens, arrivés par le Liban. C’était une plate-forme d’accès vers Homs, comme au temps des croisades ! Ils furent tués au corps à corps.”

Évidemment, quand on écoute les Syriens eux-mêmes et non l’OSDH (Observatoire syrien des droits de l’homme), c’est autre chose.

À Palmyre, il a contemplé les destructions des terroristes de l’État islamique, rappelant opportunément qu’ils n’ont fait qu’appliquer le 59e verset de la 18e sourate. Les Russes reconquirent la “Perle du désert”, donnèrent un concert symbolique dans le théâtre antique et Sylvain Tesson observe que “les puissances occidentales ne pouvaient se contenter d’applaudir Vladimir Poutine et son orchestre. L’OTAN se trouva contrainte de s’engager davantage dans la lutte contre l’État islamique.”

Il aurait pu ajouter que c’était aussi l’occasion, pour les Américains, d’occuper illégalement un tiers de la Syrie, mais ne soyons pas trop gourmands.

Surtout, Sylvain Tesson nous livre le précieux témoignage de l’archevêque gréco-melkite d’Alep, Monseigneur Jeanbart : “J’ai six chantiers [de reconstruction] en cours. Le monastère de Saint-Basile est déjà relevé. Je veux aller vite. Pour l’exemple. Les exilés font une erreur pour eux-mêmes de rester en Europe. L’exil n’est une solution pour personne.”

Comme l’observe finement Tesson, comment lui expliquer que l’Occident, aujourd’hui, a institué “une mystique du déplacement” ? “Elle est davantage célébrée que l’éthique de la résistance ou l’esthétique ulyssienne du retour… Jacques Julliard disait que l’immigré était devenu le prolétaire de substitution pour une classe politique qui ne s’intéresse plus aux petites gens.”

Le vent a tourné. N’en déplaise à Laurent Fabius, le Front al-Nosra n’a pas fait “du bon boulot” et sera vaincu. N’en déplaise à Donald Trump, “l’animal” Bachar est toujours en place.

Et contrairement à ce que dit la doxa journalistique, c’est la civilisation qui a gagné.

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