LFI refuse d’aller sur BFM TV : oui à la contradiction, mais pas avec la droite

Les Insoumis continuent de revendiquer le débat, tout en sélectionnant les terrains où ils acceptent de l’affronter.
Capture d'écran BFMTV
Capture d'écran BFMTV

La France insoumise a décidé de ne plus répondre aux invitations de BFM TV, cette semaine. Le mouvement dénonce la « dérive » éditoriale de la chaîne, la place accordée à certains chroniqueurs et à des personnalités classées à droite ou à l’extrême droite. LFI évoque, également, le traitement réservé à ses représentants. Derrière ce boycott ponctuel se dessine pourtant une question plus gênante pour les Insoumis : que valent leurs appels au débat lorsque la contradiction vient d’un camp qu’ils jugent infréquentable ?

Le débat, à condition de choisir les contradicteurs

LFI ne refuse évidemment pas les médias. Ses responsables continuent de se rendre sur LCI, France Inter ou France 2. Ils acceptent donc l’exercice de l’interview et peuvent être confrontés à des questions qui ne leur sont pas favorables. Même CNews, régulièrement vilipendée par Jean-Luc Mélenchon et ses proches, n’est pas totalement désertée. Manon Aubry y était encore invitée, début septembre, par Laurence Ferrari.

Le problème n’est donc manifestement pas la contradiction en elle-même. Il apparaît lorsque le contradicteur, le chroniqueur ou l’environnement éditorial franchit certaines limites idéologiques. Là, soudain, le débat devient suspect et la chaise insoumise reste vide.

Le crime de BFM TV, laisser parler la droite ?

Dans son communiqué, LFI reproche à BFM TV de donner une place excessive à des personnalités et à des idées qu’elle juge incompatibles avec ses propres valeurs. Le mouvement dénonce, notamment, la présence de chroniqueurs d’extrême droite, des « thèses racistes » et des propos climato-sceptiques. BFM TV aurait donc un problème de pluralisme parce qu’elle laisserait entendre des voix que LFI conteste.

La conception est pour le moins singulière. Le pluralisme ne consiste pas à donner la parole uniquement aux opinions considérées comme fréquentables par ceux qui réclament le pluralisme. Une émission politique n’est pas une réunion publique de LFI avec quelques journalistes chargés de distribuer les micros. Et c’est précisément là que le boycott prend tout son sens : plutôt que de venir contester ces voix à l’antenne, les Insoumis choisissent de ne plus y aller.

Sonia Mabrouk, un symbole

L’arrivée de Sonia Mabrouk sur BFM TV éclaire cette crispation. Venue de CNews, elle y anime désormais une émission quotidienne et reçoit des personnalités familières de cet univers. Son arrivée a suscité des critiques au sein même de BFM TV. Les syndicats SNJ et SNJ-CGT de RMC-BFM ont dénoncé l’importation d’une « ligne CNews » sur l’antenne et contesté la place accordée à certains profils. Pour LFI, cette évolution justifie donc le boycott.

La contradiction n’est pas une agression

Une formation politique est évidemment libre de refuser une invitation. Mais LFI ne peut pas simultanément se poser en défenseur du débat démocratique et considérer que certaines voix rendent le débat lui-même infréquentable. La contradiction n’est pas un accident regrettable de l’interview politique. Elle en est le principe.

Un responsable politique doit pouvoir défendre ses idées face à quelqu’un qui ne les partage pas. Il doit pouvoir répondre à une question qu’il n’avait pas préparée. Il doit pouvoir être contesté, voire mis en difficulté. Sinon, ce n’est plus vraiment un débat, c’est une tribune.

LFI vient donc de choisir la tribune plutôt que la confrontation. Au nom du pluralisme, les Insoumis refusent une chaîne qu’ils jugent trop à droite. Une curieuse façon de défendre la diversité des opinions : accepter volontiers le débat, à condition de pouvoir choisir la couleur politique du contradicteur.

Le débat médiatique n’est pas un service à la carte. Et la contradiction n’est pas une atteinte au pluralisme. C’est le pluralisme.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

84 commentaires

  1. Mais il faut enfin comprendre une chose: la gauche ne veut pas du pluralisme, elle le déteste. La gauche veut que seule sa voix soit entendue. Tant que nous n’aurons pas compris cela, il sera impossible de gagner la partie. Et l’enjeu est de taille!

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