[LIVRE] L’IA vous inquiète ? Vous avez tellement raison…

Ses promesses, productivistes ou transhumanistes, cachent un monstre déshumanisant auquel il faut résister d'urgence.
IA

Véritable tsunami technologique, elle envahit la planète sans que rien ne semble pouvoir l’arrêter. Dans Peut-on vivre sans IA, publié aux Éditions Temporis, Pierre de La Coste nous décrit minutieusement les mouvements de cette vague géante, son intrusion dans tous les interstices de nos vies, les ravages qu’elle y fait déjà et ceux qu’elle s’apprête à faire.

Ni bien ni mal, ni laideur ni beauté

Étrange, surprenante, l’IA [intelligence artificielle, NDLR] prend à revers nos raisonnements et nos réflexes habituels de défense, et c’est sans doute pourquoi elle est si efficace et, potentiellement, si dangereuse. Quand elle nous fascine par sa puissance, nous ne voyons que les services qu’elle peut nous rendre, sans comprendre qu’elle nous met finalement à son service, quand elle ne nous égare pas. Quand nous jaugeons son apparente intelligence, nous oublions que celle-ci est artificielle, son nom même étant un oxymore.

« Elle sait tout de toi, tu ne connais rien sur elle », nous dit le sous-titre de l’ouvrage. Et pour cause : l’IA fonctionne comme une sangsue, s’accrochant à nous, pompant sans cesse ce que nos activités et nos intelligences humaines produisent, pour en recracher une synthèse inhumaine. Inhumaine parce que, pure construction artificielle, se contentant aligner des 1 et des 0, l’IA n’a aucune notion du bien et du mal, du laid et du beau. Ces notions qui caractérisent notre humanité lui sont par nature étrangères. L’IA n’est qu’une mémoire informatique augmentée, avec une capacité de synthèse et de mise en forme des informations qu’elle puise dans notre production ou celle d’autres IA.

De spécifique, elle n’a que ce que son programmateur a mis dans son algorithme. C’est pourquoi les tests que nous pouvons tous lui infliger sur des sujets actuellement polémiques suscitent le plus souvent, de sa part, des réponses orientées par un biais politiquement correct. C’est pourquoi, aussi, elle affiche un biais culturel, nous explique bien Pierre de La Coste, en fonction de la région où elle sévit. Elle est ainsi « sans éthique ni limite autre que l’argent chez les Anglo-Saxons », pour qui c’est avant tout un accélérateur de business, et aussi, s’agissant des Américains, un outil d’impérialisme culturel. Elle est « sous le contrôle du Parti communiste dans l’Intranet chinois » et l’auteur pointe « de timides tentatives de régulation en Europe ».

Une question de volonté

Artificielle et artificialisante, « l’IA déstabilise la société par ses trompeuses promesses de gains de productivité et d’apocalyptiques dystopies transhumanistes », dénonce Pierre de La Coste. Ce faisant, elle menace des emplois par millions et abîme, voire détruit, les codes par lesquels les hommes arrivent à vivre, sinon en harmonie, mais avec une capacité à limiter les conflits ou en atténuer la violence et les effets. En matière de création, copieuse et photocopieuse par définition, l’IA fait semblant de créer à partir du cahier des charges que la requête de l’utilisateur lui soumet. Car en réalité, elle ne crée rien : elle pille des données ou créations existantes, imite, assemble. Ce qu’elle restitue sans le dire n’est en fait que plagiat, contrefaçon, et se rit des droits d’auteur qui font vivre des professions entières.

La question est évidemment de savoir que faire. Que faire pour stopper la vague avant qu’elle n'emporte tout ? Que faire, sinon, pour en atténuer les effets dévastateurs ? Comment, encore, si la chose est possible, limiter son usage à des domaines dans lesquels son rapport utilité/nocivité sera le plus favorable ? Peut-on seulement le faire ? Pour Pierre de La Coste, l’IA est la forme la plus avancée d’une société dans laquelle l’homme s’est laissé happer et soumettre aux dieux modernes, qu’il s’agisse de mercantilisme consumériste ou de totalitarisme communiste. Son manque de volonté l’y a fait glisser. Sa volonté, seule, pourra l’en sortir. Le défi est immense. Mais pas plus que la Babel moderne qui nous fait face.

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