La faillite de l’État – faillite au sens propre puisque l’État ne peut plus rembourser ses dettes à moins d’emprunter davantage – a incontestablement libéré la parole des libéraux et même des ultralibéraux, autoproclamés créateurs de richesse. Les organisations patronales annoncent même une série de manifestations à partir du 1er décembre prochain avec, en ligne de mire, l’abrogation de diverses mesures dont le compte pénibilité ou la taxation des dividendes ; et « la liste pourrait encore s’allonger”, selon le secrétaire général de la CGPME. Dix-huit mois après l’entrée en vigueur du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et à deux mois du démarrage effectif du pacte de responsabilité, l’ensemble constituant le plus grand programme d’allégement des charges de la Ve République, le patronat s’apprête à manifester dans la rue. Revendications légitimes ou pleurnicheries d’enfants gâtés ?

Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain. Formulée en 1974 par l’ancien chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt, cette doctrine, qui résume parfaitement la logique de désinflation compétitive prônée dans le pacte de responsabilité, renvoie à une période où l’ sortait des Trente Glorieuses et disposait encore d’un tissu industriel intact bien que connaissant une forte poussée inflationniste consécutive au premier choc pétrolier. Rien de tel aujourd’hui, bien au contraire. Les pays en voie de développement sont devenus davantage des concurrents que des clients, la consommation est atone et il y a pléthore de main-d’œuvre. Et si l’investissement est au point mort, contrairement à ce que le MEDEF prétend, ce n’est pas dû autant à la faiblesse des marges (largement compensée par le fait que le crédit n’a jamais été aussi bon marché) qu’à l’insuffisance de la demande anticipée.

Conclusion : alléger les charges des entreprises aujourd’hui – comme naguère apporter des liquidités gratuites aux banques – a toutes les chances d’échouer. Le seul moyen de créer des emplois est d’augmenter le pouvoir d’achat ou, à défaut, de conquérir de nouveaux marchés à l’étranger, ce qui n’est pas gagné tant l’image du made in France s’est dégradée au cours de la dernière décennie.

Depuis 2008, au prétexte qu’il fallait éviter l’effondrement du système (sic), les gouvernements n’ont cessé de faire des cadeaux, d’abord aux banquiers, maintenant aux entreprises, des cadeaux in fine payés par des supplémentaires à la charge des consommateurs donc aux dépens du pouvoir d’achat. Comment, dans un demi-siècle, les historiens jugeront-ils nos élites ? Des élites coupables d’avoir ignoré ce qui constitue le b.a.-ba de la théorie du capitalisme : le banquier comme l’entrepreneur n’ont aucun autre but que celui de maximiser leur profit. Au besoin, ils créeront de nouveaux emplois mais uniquement si les perspectives de croissance du marché le permettent ; à défaut, les emplois sont toujours sacrifiés au bénéfice de la préservation des dividendes.

Il y a une trentaine d’années, un célèbre professeur d’ avait émis l’idée a priori farfelue que, pour sortir de la déflation, le mieux serait encore de larguer sur la population des tonnes de billets de banque. Quelques chercheurs ont réellement voulu savoir ce que cela donnerait. En août dernier, Willem H. Buiter, économiste chez Citigroup, a publié un excellent papier sur la question [PDF]. Et vous savez quoi ? À la condition que cela ne se produise qu’une seule et unique fois, ça fonctionne, et même très bien ! Au fait, cet économiste s’appelait Milton Friedman et il fut lauréat du prix Nobel en 1976.

20 novembre 2014

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