Jean-Michel Blanquer a déclaré avoir « perdu de 5 à 8 % des élèves » depuis la mise en place de l’enseignement à distance pour cause de confinement. Comment expliquer cette perte ? Manque de moyens numériques ? Mauvaise volonté des élèves ou des parents ? Manque de travail des professeurs, comme a semblé le suggérer Sibeth Ndiaye (déclaration sur laquelle elle est, finalement, revenue) ?

Réponse de Jean-Paul Brighelli, enseignant, au micro de Boulevard Voltaire.

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, a déclaré que nous avons perdu de 5 à 8 % des élèves. Ces élèves auraient décroché suite aux mesures de confinement et au suivi moins régulier des professeurs. Cela vous paraît-il plausible ?

Les chiffres me paraissent tout à fait réalistes. Y compris dans l’esprit de Jean-Michel Blanquer, ce n’est certainement pas à cause d’un suivi insuffisant des professeurs. Certains élèves n’ont aucune ressource informatique. Ils n’ont donc pas les moyens de suivre ce qui est mis en ligne pour eux.
Certains parents traitent de « pétasses » les professeurs qui croient que c’est aux parents de faire leur boulot à leur place. C’est un témoignage direct.
D’autres parents, pas si rares, s’aperçoivent avec horreur que leurs chers enfants ne sont pas du tout ce qu’ils croyaient, que ce sont de petits « branleurs » qui n’en ont rien à faire et qui sont accrochés à leur portable. Ce phénomène transcende toutes les classes sociales.
Dans Le Point, des parents témoignaient sur le contexte actuel et ils disaient « plus jamais nous ne contesterons les heures de colle puisque nous avons découvert notre enfant ». Ils ont découvert que leur enfant était un petit « con » prétentieux.

Tous les parents qui disaient que leurs enfants sont soit surdoués, soit hyper actifs ou soit incompris vont a priori revoir leur jugement…

Je ne sais pas avec quels yeux ils voyaient leurs enfants, mais la plupart des parents travaillent. Ils comptent donc sur les enseignants non seulement pour les instruire, mais pour les éduquer. Eux-mêmes ne voient leurs enfants que très brièvement le matin de 7h à 7h15 et le soir aux alentours de 20 h. Les enseignants les voient beaucoup plus et les connaissent beaucoup mieux.
Je suis en contact avec des dizaines d’enseignants, je constate donc qu’ils se décarcassent pour que les élèves aient un programme pendant cette période de confinement. Croyez-moi, ce n’est pas simple. Dans les premiers temps, les logiciels délégués par l’Éducation nationale ont explosé en raison de la forte demande. Aujourd’hui, les choses se sont mises en place, mais ce n’est pas toujours facile en fonction de l’endroit où on se trouve.
Certains professeurs travaillent beaucoup plus actuellement que lorsqu’ils sont en cours. Il faut rédiger la totalité des cours qui sont très souvent par oral. Ils envoient des fichiers rédigés, des liens avec des sites dans lesquels on y trouve des expériences de physique ou de sciences naturelles à faire dans la cuisine de papa et maman. Les élèves ne sont pas du tout livrés à eux-mêmes. On pourra toujours citer un cas par-ci par-là, mais c’est rarissime. La plupart des professeurs mettent vraiment le paquet.

Sibeth Ndiaye disait que les professeurs avaient bien le temps d’aller aux fraises. Ces propos avaient, bien évidemment, fait hurler votre corporation. Que traduit ce message de la porte-parole ?

Elle est faite pour être porte-parole comme vous et moi sommes faits pour être pape. C’est une erreur de casting dans un gouvernement qui en compte plusieurs. Il y avait une volonté de démagogie dans la mesure où cela flattait certains bas instincts de gens qui pensent que les professeurs sont des branleurs surpayés. Cela dénote une méconnaissance complète de ce que le ministère a mis en place. Je crains que Sibeth Ndiaye ne communique pas très bien avec ses collègues.

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