Editoriaux - Santé - Table - 24 avril 2018

Selon une étude, 40 % des erreurs médicales pourraient être évitées si les urgentistes échangeaient !

Ouest-France vient de publier un article sur les erreurs médicales “évitables” dans les services d’urgence. Selon une étude menée sur 1.680 patients répartis dans six hôpitaux français, “40 % des erreurs médicales pourraient y être évitées grâce à la systématisation de réunions permettant aux urgentistes d’échanger sur les cas de leurs patients”. Cette pratique permettrait de faire passer le taux d’erreurs de 10,7 % à 6,4 %. On vous rassure : plus de la moitié de ces maladresses n’ont eu aucune conséquence sur la santé des patients.

À vrai dire, ce type d’enquête enfonce une porte largement ouverte depuis que le monde est monde, à savoir que, dans presque tous les domaines, “deux avis valent mieux qu’un”… Et c’est bien ce qui se pratique plus haut dans les étages, dans les services d’hospitalisation, avec la visite quotidienne de chaque chambre par plusieurs médecins, généralement de grades différents, sans parler de la traditionnelle grande visite hebdomadaire du patron. À cette occasion, ce dernier (mais parfois un autre…) pose parfois au malade la question à laquelle personne n’avait pensé jusque-là, ou remarque un infime détail physique, ce qui permet d’avérer un diagnostic hésitant.

Aux urgences, les choses sont bien différentes, surtout depuis la raréfaction des médecins de ville, qui y amène des gens dont la pathologie ne justifie pas toujours la présence. Des maisons médicales de garde – recevant en dehors des horaires classiques – ont bien été mises en place dans la plupart des territoires, mais elles sont payantes (au tarif de la Sécu). C’est pourquoi, aux urgences hospitalières, certains patients avouent clairement : “Je m’en fiche d’attendre cinq heures, ici, c’est gratuit !” Même si ça coûte dix fois plus cher à la collectivité…

Parfois, les jeunes, qui ont souvent le même généraliste que leurs parents, préféreront les urgences pour l’anonymat. D’autres parce que c’est toujours ouvert et que, sur place, ils imaginent pouvoir trouver toutes les spécialités et tout le plateau technique.

Ainsi s’explique, en bonne partie, les couloirs encombrés de brancards, les manifestations d’impatience, voire les débuts de rixe avec le personnel, et même les bagarres entre bandes qui se poursuivent jusque dans ces lieux, jadis sanctuarisés. On comprend que, dans ces conditions, un conclave d’urgentistes soit plus difficile à réunir, même si ce serait bien souhaitable.

Pour les patients “vérifiés” dans l’étude, les urgentistes se retrouvaient deux par deux, trois fois par jour pendant une dizaine de minutes. « Chacun décrit les dossiers des malades dont il a la charge à ce moment-là, puisqu’on en a toujours entre cinq et dix. C’est un peu comme les transmissions qu’on fait à la fin d’une garde », explique un des expérimentateurs. Ces fameuses transmissions orales qui ont été les premières à pâtir de l’instauration des 35 heures à l’hôpital, puisqu’elles rendaient difficiles le chevauchement des équipes pendant le temps nécessaire.

À l’exception de ses connaissances, le temps est ce que le médecin peut offrir de plus précieux à ses patients…

À lire aussi

Ces primaires américaines dont France Culture ne vous parlera pas…

Une masse d’électeurs du « marais », qui n’ont pas l’habitude de se déranger pour les pri…