Marine Le Pen verse-t-elle dans le complotisme ? À en croire certains médias qui l’accusent de « briser l’union sacrée », c’est le cas depuis que la présidente du RN a déclaré « légitime » de s’interroger sur l’origine du virus qui aurait pu s’échapper d’un laboratoire.

Réaction de Sébastien Chenu, député RN à l’Assemblée nationale, au micro de Boulevard Voltaire. L’occasion d’évoquer avec lui la situation sanitaire à Denain et dans l’ensemble de sa circonscription du Nord.

 

 

Le Figaro titre « Marine Le Pen trouve légitime de se demander si le virus ne s’est pas échappé d’un laboratoire ». Marine Le Pen verserait-elle dans le complotisme ?

C’est un fantasme pour discréditer des adversaires, notamment sur les questions légitimes que des adversaires politiques sont en droit de se poser. Dans une crise et dans une démocratie, toutes les questions sont légitimes. D’ailleurs les Français se posent une foultitude de questions. Parmi elles, la question sur l’origine du virus. Il n’y a pas de mauvaises questions ou de questions interdites, sinon il n’y a pas de débat.

Pour la plupart des journalistes, cela alimente le complotisme d’autant que cela tombe en même temps qu’une étude de la fondation Jean-Jaurès. L’IFOP déclare que 40 % des électeurs du RN pensent que le coronavirus a été conçu intentionnellement.
Pour Marine Le Pen et pour vous, est-ce une façon de rejoindre votre électorat ?

Je ne crois pas du tout aux études de la fondation Jean-Jaurès. Fondation Jean-Jaurès veut dire fondation du parti socialiste. C’est une fondation liée à un parti politique adverse. Ces études nombreuses sont faites pour essayer d’asseoir un discours politique et de décrédibiliser ce que pensent les adversaires. Au-delà des Français, les électeurs du Rassemblement national se posent des questions. Ils ont le droit ! En tant que responsables politiques, c’est notre boulot de relayer et de poser ces questions et, quand on le peut, d’y apporter des réponses. Notre électorat n’est pas plus complotiste qu’un autre. En revanche, notre électorat se pose peut-être plus de questions sur ce qu’on lui raconte depuis des années, à l’égard de l’analyse qu’il a faite de la situation et des résultats des politiques qui sont menées.
Non seulement notre électorat n’est pas plus complotiste qu’un autre, mais en plus il a souvent une longueur d’avance.

Édouard Philippe avait demandé une union sacrée derrière le gouvernement afin de gérer au mieux cette crise. Allez-vous contre cette Union sacrée ?

Ce que veuleunt Édouard Philippe, et la majorité c’est l’union des bouches cousues. Ils veulent l’union sacrée des élus qui la ferment et des oppositions qui rentrent sous terre. On peut comprendre que certaines oppositions comme les Républicains et les socialistes ont beaucoup de difficultés à poser des questions, alors qu’ils ont eux-mêmes été aux affaires de Xavier-Bertrand et de Marisol Touraine en passant par François Baroin et Gérard Larcher concernant les municipales. Ils ont probablement beaucoup à se faire pardonner. Néanmoins pour le reste, il n’y a pas d’union nationale à partir du moment où il y a des fakes news nationales qui sont distillées par le gouvernement. L’union nationale n’est pas faite simplement pour la fermer et avaler la potion gouvernementale. L’union nationale se fait dans l’intérêt des Français. , aujourd’hui, ce n’est pas dans l’intérêt des Français que de ne pas poser des questions.

La région du Nord dont vous êtes député a été frappée par le Covid-19. Les mesures adéquates sont-elles prises ?

Que vous soyez en territoire urbain ou rural, les choses sont très différentes. En territoire rural, les gens s’organisent probablement plus facilement qu’en territoire urbain. Certains individus ne souhaitent pas respecter le confinement. Par exemple, la ville de Denain pourrait avoir un couvre-feu. Cela éviterait qu’une certaine partie de la population ne respecte pas le confinement. La maire socialiste n’a pas souhaité y donner suite. Je trouve que c’est consternant. Le confinement est essentiel. J’ai appelé à peu près 130 infirmiers libéraux de ma circonscription, 70 ont répondu. Ils disent que la situation est alarmante pour les professionnels de santé puisqu’ils se retrouvent démunis. Ils n’ont aucun masque, sont complètement abandonnés par l’ARS et on leur demande de prendre en charge des patients Covid-19. Laisser les personnels soignants et auxiliaires de vie aller au contact des malades supposés, et ils vont probablement s’infecter et infecter d’autres patients. La situation est compliquée dans le Nord comme elle l’est probablement ailleurs dans le pays. L’abandon de toute une partie des soignants est une difficulté importante pour notre région.

 

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