Editoriaux - Politique - 17 avril 2019

Séance de rattrapage : ce qu’Emmanuel Macron a failli nous dire lundi soir…

Emmanuel Macron, qui naguère revendiquait « la dimension christique du pouvoir », s’est trouvé bien dépourvu, le soir de son allocution présidentielle, quand l’incendie de Notre-Dame est survenu. Heureusement que sa parole, descendue non point du mont Sinaï mais de l’Élysée, nous est enfin parvenue. D’où ce catalogue de mesures ayant, tel qu’il se doit, fuité dans la presse dès ce mercredi matin.

Dans la liste des commissions – n’y manquent plus que les macarons Ladurée à rapporter à madame Trogneux –, il y a, bien sûr, de tout et du rien. Du rien, surtout.

Sans surprise, l’instillation d’une dose de proportionnelle est prévue, dose dont le dosage demeure à doser, lors de prochaines élections. Il y a plus de trente ans qu’on nous fait le coup. Pareillement, le référendum, qu’il soit d’initiative « citoyenne » ou « partagée », devrait prendre un prochain envol, même si « circonscrit aux sujets locaux » ou, dans le cas d’enjeux « nationaux », rendu plus pratique, sachant que le seuil de 4,5 millions de pétitionnaires pourrait être abaissé à un étiage plus modeste ; lequel demeure, évidemment, à déterminer. De même, une « assemblée de 300 citoyens tirée au sort » pourrait être prochainement mise en place, afin de « travailler sur les moyens concrets de la transition écologique » ; ce qui n’engage, finalement, à rien de bien « concret ».

D’un point de vue plus strictement pécuniaire et loin de la « dimension christique » plus haut évoquée, les petites retraites – moins de deux mille euros – devraient à nouveau être indexées sur l’inflation. À défaut de faire révolutionnaire, c’était délicat de faire moins. Quant à la possible fermeture d’écoles et d’hôpitaux de cette France donnée pour « périphérique » dont Emmanuel Macron vient tout juste d’apprendre l’existence, elle serait « soumise à moratoire ». Nous voilà rassurés.

Pour ce qui est du domaine fiscal, les impôts devraient baisser pour les plus modestes de nos compatriotes et ne pas augmenter pour les plus fortunés. En revanche, est envisagée « une baisse de la dépense publique » grâce à la « suppression d’organismes inutiles ». Là, nous sommes tout esbaudis devant tant d’audace. À côté, Napoléon sur le pont d’Arcole, c’était un Playmobil® dans un bidet. Pourtant, il conviendra de « travailler davantage », et plus longtemps, on imagine. Pratique. Ainsi les vieux seront-ils encore un peu plus longtemps au chômage avant de toucher une moitié de retraite.

Et l’ISF ? Il faudra y apporter « toutes les modifications et corrections nécessaires ». C’est-à-dire ? Des « mesures précises pour lutter contre l’évasion fiscale », pardi ! Après, le problème de l’exil fiscal n’est pas véritablement posé. Car si la fiscalité était moins confiscatoire, les plus fortunés des Français n’iraient pas s’exiler à l’étranger au lieu de dépenser leurs sous en France. Cela peut même concerner les plus patriotes d’entre eux ; j’ai des noms.

Pour clore ce brillant exposé présidentiel, sachez encore que le « mille-feuille administratif » aurait vocation à être « simplifié ». Cela, François Hollande le promettait déjà en son temps, avec les résultats qu’on sait. Mieux : l’École nationale d’administration pourrait se trouver, un jour, supprimée. Quelques explications ? « Nous avons besoin d’une élite de décideurs. Simplement, cette élite doit être à l’image de la société et être sélectionnée sur des bases exclusivement méritocratiques. » Ça tombe bien, cette « méritocratie » étant, il y a désormais bien longtemps, à l’origine même de l’ENA. Et c’est aujourd’hui qu’elle n’emplit plus ses objectifs initiaux qu’on entend la dissoudre. Ou de l’art d’être toujours en avance d’une guerre de retard…

Quant à être « à l’image de la société », on imagine que les « élites » prochaines seront issues du moule des banquiers et des avocats, autre redoutable engeance, après les technocrates, hexagonaux comme européens. Sans oublier d’y mêler une louche de « minorités visibles » issues de la « diversité ».

Bref, l’incendie de Notre-Dame de Paris est tombé à point nommé : pendant que la reine des cathédrales prenait feu, c’était Emmanuel Macron qui prenait l’eau.

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