Scandale à Bruxelles : le portefeuille sur les migrations intitulé « Protéger notre mode de vie » 

La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, issue du PPE, a suscité des réactions hostiles en associant le portefeuille du commissaire chargé des migrations à la « protection du mode de vie européen ». De quoi provoquer la surprise, voire l’indignation de l’opposition de gauche, notamment des Verts et des sociaux-démocrates, sans compter Amnesty International. Mais, à y regarder de près, tout comme l’habit ne fait pas le moine, l’intitulé d’un poste ne fait pas une politique.

« Cela fait peur de voir proposer un portefeuille sur la “protection du mode de vie européen” qui inclut la migration et la protection des frontières », a déclaré Ska Keller, coprésidente du groupe des Verts, ajoutant : « Nous espérons que la présidente von der Leyen ne voit pas une contradiction entre soutenir les réfugiés et les valeurs européennes. » Plus offensif encore, du moins en apparence, Claude Moraes, membre des sociaux-démocrates, a souligné qu’il soulèverait ce « vrai problème » auprès de son groupe, estimant qu’un portefeuille ainsi nommé ne pouvait pas exister. Et Amnesty International de dénoncer l’emploi de « la rhétorique de l’extrême droite ».

Ursula von der Leyen est pourtant loin de vouloir bouleverser la politique migratoire de l’Europe : « Notre mode de vie européen, c’est s’accrocher à nos valeurs », a-t-elle expliqué, précisant que « la beauté de la dignité de chaque être humain est l’une des plus précieuses valeurs ». De son côté, son porte-parole a rappelé que « l’Europe est synonyme de sociétés ouvertes et démocratiques », tandis qu’un membre de son entourage ajoutait, au cas où l’on n’aurait pas bien compris, que « la protection de notre mode de vie européen fait référence aux valeurs européennes, à savoir la tolérance, l’accueil, l’asile ».

On peut donc présumer qu’il n’y aura guère d’inflexion importante dans la politique migratoire de l’Union européenne. Un intitulé aussi vague que la « protection du mode de vie européen » permet d’en faire une auberge espagnole où chacun aura l’illusion de pouvoir apporter sa part, alors que le menu est fixé d’avance. Et ce n’est pas le détenteur de ce poste, le Grec Margarítis Schinás, qui pourra lever cette ambiguïté, lui qui, jusqu’en juillet dernier, était le premier porte-parole de la Commission Junker. Tout au plus pourra-t-il rassurer les Grecs, particulièrement soumis à la pression migratoire, et des membres du PPE réticents, comme François-Xavier Bellamy.

Encore qu’il soit peu probable que ce député, à titre personnel, tombe dans le piège tendu pour atteindre une fausse unanimité de la droite au Parlement européen. Il est encore plus improbable que les partis souverainistes réagissent favorablement à cette nouvelle appellation du portefeuille des migrations. Le choix de cet intitulé apparaît surtout comme un trompe-l’œil, qui n’appâtera que ceux qui ne souhaitent qu’être appâtés et justifier leur adhésion à la politique de l’Union européenne. Sans exclure la volonté de plaire à Macron qui, pour mieux avaler la droite, multiplie lui-même les déclarations ambiguës.

Le débat sur la politique migratoire voulu par notre Président devrait avoir lieu le 25 septembre à l’Assemblée nationale et le 2 octobre au Sénat. Sans vote, il va de soi !

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