Il y a décidément de la reprise en main à l’Élysée, après ces trois années erratiques initiées par Kiddy Smile et son tee-shirt arborant l’assez peu républicain triptyque « Fils d’immigrés, noir et pédé », lors de cette fête de la Musique tenue dans le palais présidentiel, en 2017. Après un remaniement ministériel aux couleurs néo-populistes et droitières, sans négliger la probable nomination d’un François Bayrou à la tête d’un éventuel commissariat au plan, l’heure serait donc au gaullo-colbertisme. Bref, plus de social et moins de sociétal : Jupiter est de retour !

Dans ce dispositif médiatique d’inspiration régalienne, la reine mère a évidemment son mot à dire. Et c’est donc par un long entretien à France Info que relaie à la perfection un message à vocation à la fois conjugale et électorale.

Ainsi, quant à son rôle de « première dame », elle affirme : « Je sais que, quelque part, je dis quelque chose de la France, puisque je suis l’épouse du chef de l’État. Donc, c’est important, le regard que les Français portent sur moi. Je veux simplement leur dire que j’essaie de faire au mieux, que je fais de mon mieux et que je les aime. » En espérant, manifestement, l’être en retour, tel un Johnny Hallyday qui inaugurait naguère ses concerts par son fameux « Y a-t-il quelqu’un qui m’aime ici, ce soir ? »

Creusant le sillon de la calinothérapie, elle évoque encore la « violence des réseaux sociaux » : « Je ne la comprends pas. Pourquoi est-ce que, systématiquement, on a recours à cette violence ? […] Pour moi, l’autre, c’est mon alter ego, ce n’est pas l’ennemi. Je pense que les gens qui insultent sont profondément malheureux. » Françoise Dolto et Patrick Sébastien n’auraient pas dit mieux.

Quant à la possible influence qu’elle pourrait exercer sur son auguste époux, c’est le grand retour au couple traditionnel. Certes pas tout à fait celui jadis vanté par Jacques Chirac – « Pour moi, la femme idéale, c’est la femme corrézienne, celle de l’ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais avec eux et ne parle pas » –, mais pas très loin non plus : « Quand on me demande l’influence que j’ai sur lui, c’est l’influence qu’on a dans un couple, de même qu’il a de l’influence sur moi, je peux en avoir sur lui. [Et vice-versa tout au contraire, on imagine, NDLR] Mais on ne la mesure pas. C’est quelque chose qui fait partie de notre vie personnelle. On parle sans cesse, on se voit beaucoup. On vit ici, on travaille ici, on échange énormément. Mais, bien évidemment, jamais je ne me permets un conseil. » Vraiment, Armand ? Pour sûr, Arthur ? Sandec, Thégonnec ?

Mais cette féerie serait incomplète si ne venaient s’y nicher quelques hautes considérations philosophiques, entre Chuck Norris, Aristote et maître Yoda, relatives au passé, au présent et à l’avenir : « L’avenir, quel qu’il soit, pose problème. Le passé, on peut s’y réfugier, car réconfortant et déterminé. Le présent peut nous réserver des surprises. » On sent que notre première dame a été enseignante, car voilà un beau sujet pour bac-3 : vous avez une heure et, après, Trogneux ramasse les copies.

En revanche, la politique n’étant jamais loin, voilà que le passé se trouve convoqué au présent en vue de préparer l’avenir : « Le passé est là. Il ne faut surtout pas le réécrire ou le tuer comme on est en train de le faire avec les statues. » Histoire d’éviter que celle de son mari ne soit déboulonnée en  ?

Et le meilleur pour la fin : « L’avenir avec n’est pas inquiétant. C’est un homme solide, extrêmement rassurant et extrêmement gentil. J’ai beaucoup de chance d’être mariée avec un homme comme lui et j’en ai tous les jours la certitude depuis plus de vingt ans. »

Ce n’est plus France Info mais Les Veillées des chaumières. Et maintenant, comme le chantait si bien le regretté Georges Moustaki : « Donne du rhum à ton homme ! »

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