Est-ce une des conséquences de l’incurie qui règne dans les administrations chargées de notre santé (ce qui nous valut la pantalonnade du début d’année lorsque arriva l’épidémie de coronavirus : grippette, masque, pas de masque, tests, pas de tests…) ? Toujours est-il que, pour se préparer à l’arrivée d’une éventuelle nouvelle épidémie dans les années à venir, la France va se doter d’une nouvelle agence nationale sur les maladies infectieuses et émergentes.

Cette agence regroupera le consortium REACTing (Research and Action targeting emerging infectious diseases), qui coordonne la recherche sur les crises sanitaires liées aux maladies infectieuses émergentes (Ebola, chikungunya, coronavirus, etc.) et l’Agence nationale de recherche sur le SIDA et les hépatites virales (ANRS), à compter du 1er janvier 2021. Cette décision fut prise en conseil d’administration de l’INSERM, le 3 décembre, afin d’encourager la coopération entre les différents acteurs, qu’ils soient publics ou privés, pour que « s’améliore la fluidité des relations entre eux afin que des solutions soient apportées dans les meilleurs délais », a précisé l’Élysée. Cette nouvelle structure devrait éviter, à l’avenir, de disperser les ressources et les moyens, et mieux coordonner les différents efforts à faire face à une situation de crise telle que celle que nous avons connue.

Espérons que cette nouvelle agence ne sombrera pas dans l’engluement administratif et ne deviendra pas une nouvelle usine à gaz comme nous avons souvent, hélas, pris l’habitude d’en construire dans ce cher pays. À voir !

Le même jour, le chef de l’État a fait part du lancement d’une seconde initiative appelée « Paris Santé Campus ». Il s’agit d’un vaste projet destiné à valoriser l’apport du numérique dans les disciplines de santé. Ce centre, qui regroupera public et privé, a pour objectif de hisser la France au niveau de leader mondial dans ce secteur clé. Il sera, à terme, installé dans l’ancien hôpital du Val-de-Grâce. Doté d’un budget initial de 400 millions d’euros, il devrait permettre la mise en œuvre des innovations que le numérique offre, en particulier grâce à l’intelligence artificielle, afin d’améliorer les possibilités de recherche et thérapeutiques.

Des groupes privés comme Dassault Systèmes ou Sanofi, ainsi que de nombreuses start-up, devraient ainsi être associés à « Paris Santé Campus » où devraient également travailler, dans cinq ans, un grand nombre d’équipes issues du secteur public. Ce lieu unique de recherche devrait favoriser les rencontres interdisciplinaires souvent génératrices d’innovation. Le président de la République a espéré que ce soit aussi un atout pour tenter de retrouver une souveraineté dans le domaine des données.

Pour le président de l’INSERM, Gilles Bloch, ce sera un élan formidable pour accélérer la diffusion des technologies numériques qui devraient permettre de faire des découvertes importantes dans les maladies infectieuses, mentales ou chroniques. Mais comme le souligne le directeur général de Dassault Systèmes, leader mondial dans le domaine des logiciels de santé, dont Le Figaro rapporte les propos (« Je tire le signal d’alarme sur la lenteur de ces décisions »), il ne faudrait pas que ça traîne trop, sinon, nous serons complètement inféodés aux plates-formes américaines.

Il s’agit de projets ambitieux qu’on ne peut que souhaiter voir aboutir rapidement, sans aller se perdre dans quelques arcanes administratives.

7 décembre 2020

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