[SANTÉ] Dépassements d’honoraires, stop ou encore ?
Malgré son âge avancé, le serpent de mer des dépassements d’honoraires des praticiens libéraux fait à nouveau surface après la publication du dernier rapport du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM). Leur montant représentait 4 milliards d’euros, en 2024, et serait susceptible d’atteindre les 10 milliards, en 2030. Le précédent rapport d’octobre 2025, correspondant à l’étape diagnostique, dénonçait une forte hausse de ce que les médecins préfèrent appeler des compléments d’honoraires - nous verrons pourquoi. Il s’inquiétait également de la généralisation du secteur 2 à honoraires libres (par opposition au secteur 1 dans lequel les médecins sont contraints de respecter les tarifs conventionnels de l’assurance-maladie).
Le dernier rapport de ce mois de juin propose plusieurs scénarios de sévérité variable pour endiguer ce phénomène et tenter de maintenir une certaine équité dans l’accès aux soins. La solution qui risque d’être retenue se concentre sur les pratiques tarifaires excessives : plafonnement strict des dépassements par acte, interdiction des dépassements sur certains actes de prévention et revalorisation des spécialités les moins rémunératrices pour réduire les écarts de revenus.
La vision des syndicats médicaux
Bien entendu, les syndicats médicaux n’ont pas la même vision que l’assurance maladie. L’union syndicale Avenir Spé–Le Bloc a tenu une conférence de presse, le jeudi 11 juin. Elle demande une refonte globale du financement des compléments d’honoraires et non pas un encadrement plus strict des pratiques tarifaires ou une restriction des conditions d’accès au secteur 2.
La critique n’est pas forcément inepte. En presque quarante ans d’exercice, je n’ai jamais connu que des rafistolages tarifaires de fortune, les tutelles ayant pour seul objectif de travailler à budget constant. Et pourtant, le coût de la santé explose, notamment, à cause du vieillissement de la population et de l’introduction de nouvelles technologies ou de nouvelles molécules très onéreuses, au moins au début de leur commercialisation. On peut aussi citer, même si son financement relève du budget de l'État et non de l'assurance maladie, et que son montant peut paraître pour certains « anecdotique », pour le moment, en termes de montant (environ 1,4 milliard d’euros), la prise en charge à 100 % par l’aide médicale de l’État (AME) des étrangers en situation irrégulière, alors que les cotisants à l’assurance maladie doivent, en plus, financer leur mutuelle pour avoir la même prise en charge.
L’arithmétique implacable du désengagement
Il y a une explication simple à ces dépassements, et vous allez comprendre par un exemple pourquoi les médecins préfèrent les appeler compléments : en 1990, le tarif conventionné de l’avulsion des quatre dents de sagesse était de 1.290 francs (196,66 euros) ; aujourd’hui, il a augmenté de 22 %, à 240,35 euros. La baguette de pain, qui coûtait 0,48 euro en 1990, ne coûterait aujourd’hui que 0,59 euro avec la même évolution ! On m’objectera que les boulangers ont des charges exponentielles, mais les médecins libéraux aussi ! En suivant l’indice des prix à la consommation, cette chirurgie stomatologique devrait aujourd’hui être rémunérée 354 euros (et la baguette ne coûterait alors que 0,87 euro…).
Cette anecdote illustre bien le désengagement de l’assurance maladie, très à son aise dans le rôle du pompier pyromane, et le transfert sournois de la juste rémunération du médecin vers les assurances complémentaires de santé qui sont à la charge du patient. À ce dernier de choisir s’il préfère régler directement et ponctuellement le complément pour un acte donné ou mensuellement, par le biais de sa mutuelle santé, dont les cotisations augmentent beaucoup plus vite que les honoraires médicaux, sans oublier que cette dernière finance non seulement ses frais de fonctionnement, mais également des voiliers de course et des châteaux bordelais…
Quelle juste rémunération pour un art libéral ?
Les compléments d’honoraires sont donc inévitables. La question est de déterminer leur juste montant. À combien estime-t-on devoir rémunérer les services d’un professionnel bac + 12 ? Veut-on maintenir une certaine attractivité du métier auprès des jeunes générations ? Mais les honoraires doivent être déterminés avec « tact et mesure » en maintenant un accès aux soins pour tous. Le Code de la santé publique nous rappelle que la médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce.
Un mot sur les origines de la rémunération des médecins libéraux : les Romains faisaient une distinction entre le salarium, rémunération d’un travail manuel ou servile, soumise à un contrat, et l’honorarium, somme remise librement à quelqu’un qu’on ne pouvait pas « payer » sans l’offenser, car son activité relevait de l’art libéral. Il ne reste certes de cette époque que le mot d’honoraires, mais gardons-nous cependant de tomber dans le travers que dénonce cyniquement Molière par la bouche de Sganarelle : « Je trouve que c’est le métier le meilleur de tous : car soit qu’on fasse bien, ou soit qu’on fasse mal, on est toujours payé. »
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48 commentaires
Petit à petit nous sombrons dans le modèle de santé américain. Beaucoup de chirurgiens n’opèrent pas les plus pauvres faute de ne pas pourvoir payer les honoraires, sauf bien sûr en cas de danger immédiat. En plus de cela, le complémentaires remboursent de plus en plus mal en étant de plus en plus chères, beaucoup ne vont plus chez le médecin faute de pouvoir avancer les frais en tant que travailleur pauvre, les anesthésistes qui prennent des sommes folles pour des consultations de 5 min…pour avoir vécu à l’étranger plusieurs fois, chaque retour en France est une chute vertigineuse du système de santé français. Le français qui reste au pays ne le vois pas, puisque la désintégration du système se fait petit à petit!
Il y a aussi un aspect qu’il est important de souligner. Les retraités consultent davantage et sont confrontés à ces dépassements d’honoraires qui contribuent à grever leur budget, car ces dépassements peuvent être récurrents et ils s’ajoutent aux autres frais incompressibles. Aussi, quand j’entends certains politiques, et journalistes, lors d’interviews, faire valoir que les retraités devraient être mis à contribution pour aider à payer la dette colossale de la France, je ne peux qu’enrager ! Tout n’est désormais qu’injustice dans notre société, ces mêmes politiques jouissant de privilèges indécents, et les journalistes toujours dans le déni, préférant sans prendre aux retraités plutôt que de chercher les raisons de nos déficits dans l’immigration, les aides incroyables accordées aux migrants, dont l’AME – et les pensions retraites à ceux qui n’ont jamais cotisé !
@ Léa-Elisabeth
Vous avez entièrement raison.
Les raisons de nos déficits sont entièrement dûes à la gabegie délirante de l’État, très mauvais gestionnaire, qui dépense mal et trop.
Mais il vaut mieux trouver des boucs émissaires faciles et » dociles » , que de réduire les dépenses pharaoniques et gouverner avec bon sens.
Economie budgetaire ……en priorité commençons par SUPPRIMER L’AME pour les étrangers et les migrants clandestins…..déja 2 ou 3 MILLIARDS économisés ( un chiffre que le gouvernement refuse de donner ) POURQUOI ? Pensons d’abord aux français de souche , qui ont travaillés , et cotisés toute leur vie , et qui ne peuvent plus se faire soigner , vue le reste à charge à sortir du porte monaie……faudrait revoir aussi le dessous de table donnés à des spécialistes pour opération d’une ex… (CATARACTE )…… »380 euros » est ce normal ? en plus de l’acte chirurgical…..STOP aux privilèges….
» tenter de maintenir une certaine équité dans l’accès aux soins. » tenter de maintenir une certaine pénurie dans l’accès aux soins.
Le scandale français le soit disant meilleur service de santé du monde ça c’était il y a 40 ans avec 45 millions de personnes travaillants et cotisants ce jour avec + de 20 millions d’étrangers légaux ou illégaux ce système est mort ils ne cotisent plus pas de travail et le système n’a pas été réformé au contraire on soigne tout le monde assuré ou non cotisant ou non même en France ds la santé il y a dépense et revenus mais pas un politique ne sait faire une addition ou soustraction donc le système est mort impossible de continuer. Les grands messieurs chirurgien anesthésiste et autre sommité qui se prennent pour Dieu demande des extras aux patients cela est tout simplement du chantage et de la demande de rançon c scandaleux un ami avec cancer de la prostate à Paris le chirurgien demandait €9000 pour l’opérer en plus de l’AM et €3000 pour l’anesthésiste il à finalement compris qu’aux USA c’était aussi bien et dans des établissements leader coût : $0 pour lui avec le système AM et l’équivalent de la mutuelle pas plus cher qu’en France alors si les médecins et autres adjoints de Dieu veulent plus d’argent ils émigrent ou si ils restent en France ils font autres choses un vrai plâtrier en France gagne plus qu’un chirurgien ils peuvent ces messieurs faire de la reconversion sinon ils bossent discutent avec le gouvernement et surtout ils se taisent.
Un argument de plus pour les partisans de l’euthanasie qui sera inévitablement dans un futur proche une régulation comptable de la santé publique; tu coûte trop cher alors hop…L’ancien médecin secteur 1 que j’étais donne la recommandation que j’estime la plus sage: pour être en bonne santé il ne faut pas être malade et pour ne pas être malade il faut rester en bonne santé. A bon entendeur, salut.
dépassements d’honoraires des praticiens libéraux et… contrainte d’honoraires. Ça ne peut pas marcher.
Ne mettez pas tous les médecins dans le même panier.
Surtout si c’est un panier de crabes !
Comme les lycées de qualité l’accès à la santé redevient le privilège des bobos.
Certains spécialistes ont des revenus mirobolants. Je pense que les médecins généralistes s’en sortent très bien aussi malgré l’interdiction, pour eux, dêtre en secteur 2. S’ils étaient mal payés ils n’auraient pas abandonné les gardes de nuit et de week-end. Je suis en colère contre la médecine privée. Autant que faire se peut, je préfère aller à l’hôpital mais, curieusement, le médecin généraliste ne vous y envoie jamais mais toujours chez le spécialiste de ville aux gros dépassements d’honoraires. Evidemment, à l’hôpital il faut éviter les consultations privées de « pontes » qui n’hésitent pas à facturer leur consultation 900 à 1000 euros en dépassement d’honoraires (hôpital Pompidou)..
« S’ils étaient mal payés ils n’auraient pas abandonné les gardes de nuit et de week-end. » Meuh non, ils ont abandonné les gardes de nuit et de week-end parce qu’ils ont été élevés comme tout le monde, dans l’atmosphère de la réduction du temps de travail. D’autant que de nos jours, les femmes sont majoritaires dans le métier. (Ce n’est pas un reproche.)
Bien vu ( un ancien médecin H. 24)
Beaucoup de médecins actuels ne savent pas qui est Hippocrate. Business is business.
vas y toi faire Bac + 10/ investis dans un cabinet/ et après tu soignes gratosss! Et donne mois ton adresse, j’irai me faire soigner alors !
L’exercice de la médecine n’est pas un métier mais une vocation, du moins c’était comme ça de mon temps… Croyez moi, après 42 ans d’exercice je peux vous dire que le milieu à changé, tout comme le monde qui nous entoure, et que cela va se payer très cher.
Entre IVG et demain euthanasie, il y a longtemps qu’Hippocrate fait des bonds dans sa tombe…
Dernier rempart bien fragile face à une déferlante mortifère.
« faire des bonds dans sa tombe », c’est une image j’espère ?
( qui vous dit qu’hyppocrate n’aurait pas approuvé l’euthanasie ? )