[SANTÉ] Couac chez Doctolib : Le Canard jette un pavé dans la mare !

Le journal satirique accuse Doctolib de livrer ses infos à des géants américains. La plate-forme conteste.
Rafamunez, Public domain, via Wikimedia Commons
Rafamunez, Public domain, via Wikimedia Commons

Quel est le lecteur de Boulevard Voltaire qui ne connaît pas Doctolib ? Cette start-up a été créée en 2013 par Stanislas Niox-Château qui est, d’après Le Canard enchaîné, « copain comme cochon » avec Emmanuel Macron. C’est, à l’origine, une plate-forme informatique de gestion de rendez-vous médicaux. Son utilisation présente des avantages : par exemple, si vous recherchez une consultation dans un délai court pour une spécialité tendue comme la dermatologie, vous serez averti si un créneau se libère et, comme dans un jeu vidéo, c’est le plus rapide qui gagne. La réception d’un SMS de rappel, la veille de votre consultation, vous permettra d’éviter de poser le fameux « lapin » qui fait tant pester votre médecin.

Doctolib, de la prise de rendez-vous à l’intelligence artificielle

Depuis ses débuts, l’activité de Doctolib s’est étendue pour devenir aujourd’hui un acteur majeur de la gestion informatisée du cabinet médical. Après les médecins libéraux, il s'est ouvert aux établissements de soins. Son activité de télémédecine a explosé au moment du Covid-19. En 2022, il a créé un logiciel complet de gestion du dossier, ce que l’on appelle le « logiciel métier ». Dernière trouvaille datant de 2024 : l’assistant de consultation qui, par le biais de l’intelligence artificielle, est capable de retranscrire et de synthétiser automatiquement les échanges verbaux entre le médecin et son patient et de rédiger l’observation médicale, évitant ainsi au médecin de garder les yeux rivés sur son écran.

Les accusations du Canard

Mais qui dit logiciel dit données, et qui dit données dit non seulement hébergement mais également exploitation… Et là, il n’y a pas de petits profits. Le palmipède satirique qui cancane le mercredi est venu y fourrer son bec ! Il accuse l’assistant de consultation d’utiliser les contenus recueillis pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle. Il reproche également à Doctolib de stocker ses données dans des serveurs d’entreprises américaines, certes dans l'Union européenne, mais pouvant être accessibles à la Justice américaine, selon les dispositions du Cloud Act. Par ailleurs, notre start-up est aussi accusée de faire du lobbying sonnant et trébuchant auprès de parlementaires tricolores pour « promouvoir une politique d’hébergement de protection et de portabilité des données favorable à l’activité de Doctolib ». Le Canard voit un risque important que ces données puissent être, un jour ou l’autre, accessibles aux compagnies d’assurances, la pseudonymisation ou l’anonymisation des données étant faciles à contourner.

La réponse de Doctolib

Bien entendu, la plate-forme conteste les accusations du volatile ! Elle a indiqué que les entreprises Google, Microsoft et Anthropic fournissent simplement les capacités de traitement du langage, mais dans un cadre contractuel qui leur interdit de conserver ou d’exploiter les données pour leur propre compte. L’utilisation des données de l’assistant de consultation, pour l’amélioration des produits de Doctolib ou l’entraînement de ses algorithmes, est conditionnée à un consentement du praticien et du patient, les deux étant révocables à tout moment. Concernant les dispositions du Cloud Act, les données médicales stockées chez un hébergeur américain dans l'Union européenne sont chiffrées et les clés de déchiffrement sont détenues par une entreprise française. Une décision de Justice américaine ne pourrait permettre plus que l’obtention de données chiffrées inexploitables.

Le Canard a-t-il eu raison d’en faire un fromage ?

Bien difficile de répondre avec certitude pour celui qui n’est pas expert en informatique. Il y a, bien entendu, des risques si les garde-fous techniques ou contractuels ne sont pas très stricts. Le respect du règlement général sur la protection des données (RGPD), qui interdit par défaut l’utilisation des données médicales, minimise théoriquement les risques de fuite ou d’exploitation illégale de ces dernières.

À propos des techniques utilisées par Doctolib, des études récentes ont quand même relativisé la performance de l’assistant de consultation avec des résultats pouvant être erronés à cause de biais et d’hallucinations de l’intelligence artificielle. On peut également souligner le risque général de piratage des données de tout stockage informatique, qu’il soit local ou sur le cloud. Cela demande une certaine technicité, mais on entend régulièrement parler de cyberattaques visant des serveurs gouvernementaux théoriquement bien protégés.

Doit-on pour cela revenir aux vieux tiroirs métalliques et aux petites fiches cartonnées ? La protection des données y était excellente, en particulier à cause de la fameuse écriture illisible des médecins !

Picture of Dr Philippe de Geofroy
Dr Philippe de Geofroy
Président de l'Acim (Association catholique des infirmières et médecins)

Vos commentaires

24 commentaires

  1. Et après ! Lorsque l’on voit comment notre système informatique public, sécu, Nats, etc est une vraie passoire pour les hackers qui y viennent s’y vautrer, sans pour cela émouvoir notre gouvernement, qui lui, préfère un peu plus contrôler les français…On en attend plus du volatile enchainé dans ses compromissions avec le pouvoir maastrichtien, surtout après sa compromission dans l’affaire Fillon, que des révélations à deux balles ! Sans Doctolib, je n’aurais jamais pu me trouver un dentiste ! CQFD !

  2. Employer une secrétaire pour prendre les RDV et avoir un contact verbal avec les patients ne coute en définitive pas plus cher que doctolib (en frais professionnel) et rend bien plus de services paperasserie etc. On a vendu doctolib aux médecins comme un standart télephonique alors que c’est un outils de surveillance.

  3. Quand vous téléphonez (bonne vieille méthode) pour obtenir un RV. Quelques minutes plus tard, vous recevez la confirmation Doctolib !!!! On y a inscrit votre RV sans que vous ayez consenti. La méthode est donc devenue « tellement » globale que l’on peut effectivement se demander pourquoi. Quel est l’intérêt d’ainsi centraliser tous nos RV. Alors si en plus, nos conversations avec le médecin sont enregistrées ???!!! Wouah….

  4. Protection des données: je fais un virement du CIC au notaire, donc l’argent va sur un compte du trésor public.
    Quelques jours après je reçois un faux message de virement du CIC avec demande d’accord etc. Curieux non, le hasard sans doute .Je reçois des faux messages mais pas comme celui-là. Il semble que le trésor public a été piraté beaucoup plus qu’on ne le dit et cela pourrait vouloir dire que les hackers peuvent suivre les transactions.

  5. Il y a beaucoup de méconnaissance et de confusion dans les commentaires.
    L’utilisation d’une IA et donc de LLM sur des données de santé n’est pas du ressort de Doctolib mais d’acteurs français du secteur médical. Quant aux risques, allez donc voir les vidéos de la chaîne Youtube de Mathilde de Roumilly, qui nous apprend que les IA laissent en mémoire vive les données utilisées lors de sessions LLM malgré une purge annoncée comme faite en fin de session : un vidage mémoire permet d’obtenir les données en clair à ce moment. Y compris pour des systèmes d’IA souverains liés à nos services de renseignements…
    Doctolib dépasse ses limites naturelles de prises de rendez-vous. Et peut très facilement dresser un profil médical assez fin de chaque patient : c’est le prix de la centralisation…
    Ceux qui parlent du code source des systèmes d’exploitation américains, et qui trouvent que c’est formidable que cela soit hébergé aux USA n’ont pas compris de quoi il est question ici…

  6. Les risques sont partout et c’est un site très pratique. N’importe comment, tout ce qui marche est à décapiter avec les gochos!

    • ALMERYS le principal prestataires qui de paiement des mutuelles, vient de se faire exfiltrer des données pour la deuxième fois :

      Almerys vient de nous informer que vos nom, prénom, date de naissance, rang de naissance, numéro de sécurité sociale, nom de votre assureur santé, numéro de contrat de l’assureur, date de début et de fin de couverture ont été exposés pour vous et vos ayants droit.

      En revanche, Almerys nous a confirmé que cet acte malveillant dont elle a été victime ne concerne aucune de vos coordonnées personnelles (adresse postale, numéro de téléphone, e-mail), ni les informations bancaires, ni les données de santé, ni les remboursements.

      Doctolib a eu des Cyberattaques aussi…

    • Macron fait ce qu’il peut dans la lutte que lui livre les gochos. Mais il est poignardé dans le dos par les fachos.

      • Vu les performances de notre cher voire très couteux président, il vaut mieux qu’il ne fasse rien cela deviendra une économie.

  7. Hélas de nos jours tout ce qui relève de l’informatique IA confondu est piratable par des escrocs qui ne recherchent que l’argent facile. Faire un gros coup pour passer le restant de sa vie dans le monde des loisirs est devenu une règle.

  8. On a quasiment tous un Apple ou un Google dont les entreprises mères sont aux USA, donc les codes sources sont disponibles par le gouvernement US. Si ces grosses entreprises disent le contraire c’est un mensonge commercial. Bon après vu que nous sommes sous la dictature allemande via von der leyen et que macron est son vasale, que je ne fais pas confiance dans l’Europe et la France, je préfère que les codes sources soient aux USA. Tout est disponible par le gouvernement US mais au moins eux ont encore la liberté de penser.

  9. Le Canard toujours prêt à patauger dans la fange, merci à Doctolib qui a révolutionné les RDV

    • Une société comme doctolib n’a pas à connaitre du statut des patients ! Si vous consultez régulièrement un cardio , doctolib sait pertinemment que vous avez un problème cardiaque, idem pour les autres spécialités.
      Honte aux médecins qui trahissent le secret médical ! Le canard n’est pas ma tasse de thé, mais heureusement qu’il existe

      • Difficile pour Doctolib de ne pas savoir que vous prenez rendez-vous avec un cardiologue : les rendez-vous sont sa fonction de base…

  10. Le sujet doit être développé et vulgarisé de façon à ce que les usagers soient avertis dans la mesure du possible. Le progrès est une chose, son utilisation quelquefois problématique. Mais dans le monde d’aujourd’hui peut-on s’en passer ? Même en demandant à quelqu’un de s’occuper des différentes tâches qui impliquent l’informatique, la personne passe invariablement du fait de cet intermédiaire par la technologie. Une technologie qui la dépasse largement la plupart du temps.

  11. « Stanislas Niox-Château qui est, d’après Le Canard Enchaîné, « copain comme cochon » avec Emmanuel Macron » écrivez-vous.
    Amitié certainement indispensable aux vues des pertes depuis 15 ans de la société Doctolib.
    En moyenne -35% du C.A. depuis 5 ans !

  12. L’intelligence artificielle permet surtout de proposer des diagnostics que le médecin, va pas penser au 1er abord .

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