Par une sorte d'éternel retour, Salman Rushdie, que l'on croyait tiré d'affaire depuis sa condamnation à mort par le régime de l'ayatollah Khomeini, en 1988, vient d'être attaqué dans une librairie new-yorkaise. « Blessé au cou », selon la célèbre formule, il ne mourra probablement pas mais devrait perdre un œil. Salman Rushdie, Odin moderne, qui sacrifierait un de ses yeux pour avoir le privilège de tout connaître ? Même pas : ce sacrifice n'a pour but, à ce qu'il semble, que d'ouvrir nos yeux à nous sur la permanence de la menace islamiste. Mais ça ne marche toujours pas. Quand on est déjà aveugle, on se soucie peu du destin des écrivains devenus borgnes.

Évidemment, tous les politiques et tous les journalistes du monde, avec un psittacisme qu'on n'a pas vu depuis le début de la guerre en Ukraine, se répondent à qui mieux mieux pour soutenir Rushdie, victime de la liberté d'expression. La France ne fait pas exception à la règle. Pensez donc ! Le pays des droits de l'homme ! La terre des Lumières ! Il n'y avait pas d'impasse possible. De à Corbière, tout le monde a émis son petit tweet. C'était bien le moins. Cela n'a pas d'intérêt.

Ce qui est intéressant, en revanche, c'est cette curieuse pudeur à nommer les choses. « L'obscurantisme », pour Macron, « les fanatiques religieux » pour Corbière. Mais, au juste, des fanatiques, des obscurantistes, en trouve-t-on - pour la millième fois - dans d'autres religions ? D'autres croyants que musulmans commettent-ils des attentats ? Cherchent-ils à égorger ceux qui ne pensent pas comme eux ? Quel dommage que notre classe politique, si prompte à dénoncer les crimes, s'arrête juste avant de tirer les dernières conclusions, pourtant évidentes.

Tout cela manque un peu de décence, non ? Quand on n'est pas fichu d'expulser un prédicateur islamiste, on devrait peut-être la fermer un tout petit peu au sujet de la menace des « fanatiques religieux », non ? Et quand on est député LFI, spécialisé dans le racolage des voix musulmanes au point d'appartenir à un parti qui propose une loi contre l'État d'Israël, on aurait peut-être également intérêt à se tenir tranquille aussi, vous ne croyez pas ?

En France, il y a régulièrement des attentats. L'un d'eux est presque passé sous silence : le meurtre d'un médecin militaire, Alban Gervaise, venu chercher ses enfants à l'école, égorgé « au nom d'Allah ». Il y a eu Charlie Hebdo, par deux fois. Il y a eu le Bataclan, Mohammed Merah. Et on continue de nous dire que le problème n'est pas l'islam mais l'islam politique.

Bossuet, disant (on le sait) que Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, nous manque. Je ne suis pas sûr que Dieu, dans ces temps bien médiocres, se rie de notre incapacité à réformer nos cœurs et nos consciences. Intolérance, barbarie, haine et obscurantisme ne sont pas des ennemis, ils sont des attributs de notre ennemi - un ennemi à qui il faudrait peut-être se décider à donner son véritable nom.

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13 août 2022

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36 commentaires

  1. ne jamais oublier que l’islamisme vient du mot islam point. mais qui aura le courage de le dire

  2. Pourquoi Macron ne cite-t-il pas le terrorisme islamiste et pourquoi les journaux parlent-ils d’un coup de poignard à la gorge alors qu’il a été égorgé comme les moutons de l’Aïd.

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