Au début, une affaire qui n’aurait pas dû faire un début de ligne dans les journaux : (19 ans) est arrêté à , dans la nuit du 9 au 10 juillet, circulant avec des amis sur des scooters volés et n’arborant pas la moindre plaque. Dès le lendemain, le même Zakaria Zigh est, une nouvelle fois, rattrapé par la maréchaussée, se roulant un joint avec d’autres amis, sous le pont Alexandre-III, dans le VIIe arrondissement parisien. Là encore, une sorte de routine…

Mais là où ça coince, c’est que Zakaria Zigh est un élu français, puisque conseiller municipal de Saint-Ouen, ville dont le nouveau maire n’est autre que Karim Bouamrane. De cette pure souche du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, ancien ponte de la rue de Solférino, affirme, dans Le Parisien du 4 juillet dernier : « C’est un pragmatique et un vertébré. Il a des convictions et il est aussi bienveillant. »

Des convictions, on ne sait. Du pragmatisme, on l’ignore déjà moins. Car après cette seconde anicroche, l’édile ayant demandé au fautif de se « mettre en retrait de la vie municipale », assurant dans la foulée : « Je suis pleinement attaché à l’intégrité et à la probité de mon équipe. Je le convoquerai au plus vite pour qu’il puisse s’expliquer et je prendrai les mesures qui s’imposent afin que cet acte répréhensible ne jette pas l’opprobre sur une équipe qui s’est comportée de façon exemplaire pendant la campagne. »

Décidément, Karim Bouamrane apprend vite. Surtout à manier la langue de plomb. Il sait évoluer sur le fil du rasoir ; ce, d’autant plus que son succès est, quelque part, dû à cette politique menée, par exemple, par des Jean-Christophe Lagarde, élu de Seine-Saint-Denis, président de l’UDI, groupuscule centriste bien connu de ses derniers électeurs, et ayant fait les frais de ce livre, fort bien documenté et signé de la journaliste Eve Szeftel.

À en croire cet essai, Jean-Christophe Lagarde aurait, en quelque sorte, sous-traité vivre ensemble et ordre public – missions pourtant éminemment régaliennes – à des associations plus ou moins gauchistes, plus ou moins salafistes, mais dont le point commun semblent consister à ne pas être tout à fait franco-françaises.

En attendant, et ce n’est peut-être pas une mauvaise chose, voici un maire « issu de la diversité » dirigeant une ville de plus de cinquante mille habitants qui se retrouve les mains dans le cambouis et obligé d’admettre que le premier voyou venu n’est pas forcément un George Floyd en puissance. Parce que même si « franco-marocain » tout fraîchement élu, ce n’est évidemment pas lui qui va résoudre les problèmes d’une ville concentrant à elle seule tous les problèmes frappant de plein fouet ce qu’il est encore permis, jusqu’à nouvel ordre, de nommer la France.

Face aux responsabilités qu’il a en toute conscience choisies, il lui faudra donc désormais trancher : faire régner l’ordre public pour tout le monde ou caresser les voyous dans le sens du poil pour les basses raisons clientélistes qu’on sait. Bref, sera-t-il à la hauteur de la tâche ? Que Karim Bouamrane échoue, il donnera raison aux séparatistes et identitaires de tous bords. Qu’il réussisse, il donnera tort aux mêmes factions en présence. Les hommes et les femmes de bien ne peuvent lui souhaiter que le meilleur ; même si l’affaire ne paraît pas être pliée d’avance.

PS : surtout à ce petit détail près : lorsque l’auteur de ces lignes évoque les « identitaires de tous bords », il fait évidemment le distinguo entre ceux qui jouent à domicile et les autres qui ne participent qu’en touristes pas toujours au fait des us et coutumes de la terre d’accueil.

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