Il y a les comédiens qui ont une gueule. Lui avait une voix. Et sa voix, pendant plus d’un demi-siècle, il la prêta au cinéma. Toute personne âgée de 7 à 77 ans, voire plus, connaît , qui vient de mourir dans sa 94e année. Beaucoup sans le savoir. Un monstre sacré de la doublure cinématographique qui « colorait ses personnages » avec sa voix, selon sa propre expression.

L’univers Walt Disney, d’abord. Je veux parler du Walt Disney de notre enfance et de l’enfance de nos enfants, pas du Disney d’aujourd’hui qui se veut résolument inclusif et ne devrait pas tarder, au rythme où vont les choses, à revisiter ses grands classiques au prisme LGTQIA et de l’antiracisme.

Mickey, Jiminy Cricket, le petit grillon en redingote verte, complice de Pinocchio, Winnie l’ourson, le serpent Kaa dans Le Livre de la jungle, c’était Roger Carel. Du moins sa voix dans la version française. Qui ne se souvient pas de la chanson de charme du python envoûtant le jeune Mowgli ? « Aie confiance, crois en moi, que je puisse veiller sur toi… » À tel point que Kaa est devenu une référence pour certains politiques qui ont sans doute passé plus de temps, dans leurs jeunes années, devant le vidéocassette que penchés sur de noirs bouquins comme La Princesse de Clèves. En 2017, Nadine Morano comparait à Kaa, comparaison reprise, en 2018, par Éric Coquerel, député de La France insoumise. Est-ce à dire qu’ pourrait prêter sa voix à Kaa, maintenant que Roger Carel est parti, si une version plus moderniste de l’adaptation du livre de Kipling devait être « revisitée » ? Un banquier ne prêtant pas sans intérêt, la chose pourrait donc en avoir.

Roger Carel savait aussi se faire le porte-voix de personnages plus francs du collier comme le chien Pongo, dans Les 101 dalmatiens. Les chiens ne font pas des chats et il pouvait aussi se glisser dans la peau du chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles. Un chat plutôt mystérieux avec ses rayures violettes, un peu fou et qui pouvait se rendre invisible. Restait sa voix dans la nuit, celle de Roger Carel chantant cette dinguerie complètement perchée – normal, pour un chat – : « Fleurageant les rhododendroves/Gyraient et gamblaient dans les vabes/Pour frimer vers les pétunioves/Et les momes raths en grabe… »

Mais savait-on que Roger Carel avait doublé Charlie Chaplin, juste après la Seconde Guerre mondiale, à la demande même de l’acteur, dans Le Dictateur, ou encore Peter Ustinov, jouant Hercule Poirot dans Mort sur le Nil : « Non, moi, je fais seulement travailler mes petites cellules grises… »

Pour terminer, soyons un peu chauvins, Roger Carel, c’est aussi Astérix : « Un petit personnage, qui parle sec, par Toutatis, par Bélénos », racontait-il, les yeux pétillants de malice. Sa dernière « apparition » dans ce dessin animé gaulois fut en 2014 avec Le Domaine des dieux. Ayant pris sa retraite à… 86 ans, il confia à Christian Clavier Le Secret de la potion magique. La preuve que la doublure n’est pas une affaire de seconds couteaux.

Patrick Sébastien, saluant cet acteur tellement français, a tweeté : « Tu vas manquer à nos âmes d’enfants. » Vraiment ? La voix de Kaa veille toujours sur nous !

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