Economie - Editoriaux - 28 novembre 2019

Retraites : comment faire autre chose que du Ponzi ?

Gabrielle Cluzel a osé le déclarer : nos retraites par répartition constituent un système de Ponzi ! Une bonne moitié de mes collègues économistes américains le disent, alors même que leur Social Security est gérée nettement plus sérieusement que notre assurance vieillesse, mais en France, en dehors de cette mère de famille et de votre serviteur, il n’y a pas grand monde pour dénoncer ce recours à des méthodes d’escroc. Une législation absurde impose de proportionner les droits à pension aux cotisations versées au profit des retraités actuels, alors que l’on compte en fait, pour payer les pensions futures, sur les naissances et sur l’éducation des enfants et des adolescents.

Alfred Sauvy avait pourtant tout expliqué : « Nous ne préparons pas nos pensions par nos cotisations, mais par nos enfants. » Elémentaire, mon cher Watson, seulement nos hommes politiques ne l’ont toujours pas compris. Nos organisations professionnelles, pas davantage. Et c’est pour cela que les mères de famille – et aussi les pères de famille, chère Gabrielle – sont « flouées », comme vous l’écrivez fort justement. Et, pour l’instant, ce que notre jeune Président veut changer dans le plan Delevoye, ce n’est pas cette fidélité bientôt octogénaire aux erreurs sur lesquelles une courte loi de 1941 a construit la retraite par répartition française. Sauf conversion, il continuera dans la lignée d’un Bernard Madoff, mais sans enrichissement personnel et sans risquer de finir ses jours en prison.

Que faudrait-il faire ? Si la mise en œuvre d’une bonne réforme est très complexe, le principe en est fort simple : attribuer des points au prorata des investissements réalisés dans le renouvellement de la population française et dans la préparation des jeunes à leur avenir de travailleurs. Vous attendez un bébé, vous le maternez et le paternez, vous vous occupez correctement de lui pendant une vingtaine d’années : ça vous donne droit à des points. Vous financez la formation : au lieu d’impôts, vous payez des cotisations qui vous rapportent des points. Une partie de vos cotisations maladie sert à payer la surveillance médicale des futures mères, les frais d’accouchement, les soins aux enfants : cette fraction-là de vos cotisations vous rapporte des points.

Emmanuel Macron voulait faire de grandes choses, redonner à la France un rôle novateur capable de porter des fruits dans le monde entier : voilà ce qu’il pourrait entreprendre. Tous les pays ont besoin d’une formule de retraite fondée sur ce qui est la plus grande richesse de l’humanité : le capital humain. Ouvrir cette voie, voilà un projet digne de la France, cette « mère des arts, des armes et des lois » que chantait Joachim du Bellay. Chiche ?

À lire aussi

Jacques Bichot : « Il faut vraiment clarifier les relations entre l’État et la Sécurité sociale »

Jacques Bichot fait le point sur les déficits publics et le budget de la Sécurité sociale.…