Editoriaux - Histoire - International - 28 novembre 2019

Le prince Charles bientôt régent ?

« Je déclare devant vous tous que toute ma vie, qu’elle soit longue ou courte, sera consacrée à votre service et au service de notre grande famille impériale à laquelle nous appartenons tous. » On connaît ces paroles radiophoniques de la princesse héritière Élisabeth prononcées le 21 avril 1947, au Cap, à l’occasion de ses 21 ans. Et cette vie aura été longue. 72 ans de mariage, 67 ans de règne : il y a longtemps qu’elle a battu le record de son arrière-arrière-grand-mère, la reine Victoria (1819-1901).

On le dit et le répète depuis des années, la reine d’Angleterre n’abdiquera jamais. C’est pourtant devenu la mode, chez les souverains, d’abdiquer, suivant peut-être ainsi celle des peuples d’abdiquer leur souveraineté ! Les reines des Pays-Bas abdiquent de mère en fille. Le grand-duc Jean de Luxembourg (1921-2019) abdiqua en 2000. Le roi Juan Carlos d’Espagne en 2014. Même l’empereur du Japon ! Akihito a abdiqué formellement cette année, après que le Parlement avait autorisé par une loi cette résignation. La reine d’Angleterre, elle, n’abdique pas. On oublie souvent une chose : la reine n’est pas seulement couronnée, elle est sacrée. Le seul monarque d’Europe à recevoir l’onction d’une huile consacrée, comme les rois de France autrefois. Sur les mains, la tête et le cœur. La reine d’Angleterre n’est pas un fonctionnaire décoratif que l’on promène en carrosse pour faire vendre des mugs. En tout cas, pas seulement.

La reine n’abdiquera pas. Néanmoins, l’hypothèse d’une régence est évoquée ici et là. Le MailOnline, site officiel du Daily Mail, écrivait, le 27 novembre, que le prince Charles serait prêt à assumer le rôle de prince régent. À son retour de voyage officiel en Nouvelle-Zélande, il aurait rencontré son père, le duc d’Édimbourg, afin de s’entretenir sur la prise en main des affaires de la famille, alors que la reine se préparerait à se retirer dans les dix-huit mois, c’est-à-dire à 95 ans, l’âge où son mari prit sa retraite. La désastreuse affaire du prince Andrew a été l’occasion, pour le prince Charles, de montrer l’autorité qu’il faut pour prendre le contrôle de la « firme », surnom que le roi George VI, père de la reine, donnait à la famille royale. Il aurait, d’ailleurs, joué un rôle clé dans le retrait de la vie publique de son frère.

Quoi qu’il en soit, si l’on devait s’acheminer vers une régence, ce serait une première depuis le début du XIXe siècle : en effet, de 1811 à 1820, le roi George III (grand-père de la reine Victoria), étant malade et convaincu de démence, la régence fut assurée par son fils, le futur George IV. Une régence à laquelle le Parlement fixa des limites, notamment en ce qui concernait le droit de nommer les pairs et aux emplois permanents. La reine avançant inexorablement en âge, cette hypothèse d’une régence est donc évoquée régulièrement. En 2014, une source royale du Daily Telegraph avait annoncé un « dépoussiérage » du Regency Act. Que dit cette loi ? Sommairement, si la reine était reconnue dans l’incapacité d’exercer ses fonctions par son époux, le Lord Chancelier (secrétaire d’État à la Justice), le président de la Chambre des communes, le Lord juge en chef (chef de la magistrature) d’Angleterre et du pays de Galles et le Master of the Rolls (président de la section civile de la cour d’appel), ses fonctions seraient alors exercées en son nom par un régent. Un régent nécessairement pris dans l’ordre de succession. Donc, le prince Charles.

À 71 ans, l’âge où l’on prendra peut-être sa retraite lorsque la réforme envisagée en France battra son plein, il est peut-être temps, pour ce jeune homme, d’entrer dans la carrière, même si son aînée y est encore, pour reprendre le couplet d’un chant très républicain et très français. Mais la reine d’abdiquera pas. Nous ne prendrons cependant pas les paris chez les bookmakers…

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