La ne fait plus les gros titres de l’actualité. Qu’est-elle devenue ? Comment se relève-t-elle de ses années de guerre ? De quelle façon ses habitants vivent-ils les sanctions occidentales ? Le tourisme y est-il à nouveau possible ? Antoine de Lacoste, de retour de Syrie, raconte…

Laissant Damas derrière nous, il faut maintenant diriger nos pas au nord, vers de hauts lieux du christianisme. Nous commençons par Notre-Dame de Seidnaya, qui domine la ville éponyme. C’est un lieu de pèlerinage : on y vénère une icône de la Vierge peinte par Saint Luc.

Ce ne sont pas les grandes foules de Lourdes, mais de nombreux fidèles de tous âges sont présents et entreprennent l’éprouvante ascension d’une longue volée de marches. Nous croisons un groupe de Syriennes qui redescend. L’une d’elles nous lance : « Quel bonheur d’entendre à nouveau parler français ici ! » Certains vieux fidèles ont du mal ; il y a bien un ascenseur, mais alors ce n’est plus un pèlerinage.

Les dévotions faites devant l’icône malheureusement cachée, il est temps d’aller à Maaloula, ville symbole, cruellement touchée pendant la guerre et qui tente de revivre.

Nous sommes accueillis par le père Toufic Eïd, prieur du couvent Saints-Serge-et-Bacchus (notre photo), l’âme du village. Il nous emmène dans son église qui fut ravagée par les et raconte. En septembre 2013, les islamistes d’Al-Nosra détruisent le barrage de l’ grâce à un attentat-suicide et conquièrent le village. L’armée reprend Maaloula quelques jours après mais doit se replier devant un afflux de renforts djihadistes de plusieurs milliers d’hommes, notamment tchétchènes. « Trois de nos sont tués, six enlevés. Mais Dieu sauva les autres : isolés par petits groupes, ils n’avaient plus aucune liaison. Tous ensemble, ils eurent la même idée : quitter leurs positions et rejoindre le centre du village. Plusieurs dizaines se retrouvèrent ainsi et purent évacuer Maaloula sans autres pertes. Pour moi, c’est le Saint-Esprit qui les a inspirés. Ils seraient tous morts autrement. Les autres habitants étaient partis la veille. »

Entre pillards et djihadistes, il n’y a guère de différence et toutes les maisons furent visitées et pillées, jusqu’aux robinets et aux ampoules. Les terroristes d’al-Nosra enlevèrent ensuite les douze religieuses du couvent orthodoxe de Sainte-Thècle. Le pire fut envisagé mais, heureusement, elles furent ensuite échangées contre plusieurs dizaines de prisonniers islamistes.

Et les six enlevés ? Le père Toufic essuie une larme : « On a retrouvé cinq squelettes au Liban. L’ADN est formel. Ils sont enterrés ici. Le sixième, nous n’avons jamais su. » Il retrouve le sourire devant une très vieille icône : « Elle était enfouie sous les gravats du toit de l’église, les islamistes ne l’ont pas vue. »

Faut-il ici rappeler ici que l’Occident a livré armes et argent au Front al-Nosra ?

Depuis, Maaloula panse ses plaies. Les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient ont reconstruit les maisons et nous passons la nuit dans les familles chrétiennes de Maaloula. Leur accueil est digne de l’Orient. C’est une fête pour ces gens pauvres qui ne sortent quasiment jamais de leur village. Ils nous laissent leur lit (ce n’est pas négociable) et nous échangeons de menus cadeaux qui scelleront cette amitié entre chrétiens qui ne parlent pas la même langue. Les trois petits garçons, qui s’appellent Serge, Bacchus et Georges, nous dévorent des yeux. Nous regrettons de ne pas avoir apporté de jouets.

Après une douche spartiate dans une salle de bains où les impacts de balles sont là pour nous rappeler ce que ces chrétiens ont vécu, il faut partir. La maman, Elain, verse une larme et nous souhaite la bénédiction de Dieu.

C’est maintenant Alep, autre ville martyre, qui nous attend.

 

 

 

 

 

 

 

27 octobre 2021

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