Culture - Discours - Editoriaux - Histoire - Livres - Politique - 26 août 2017

La République amnésique (6) : Le Monde : hommage à Robert Brasillach

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Durant le mois d’août, Boulevard Voltaire fait découvrir à ses lecteurs un livre récent que la rédaction a apprécié. Chaque jour, un nouvel extrait est publié. Cette semaine, La République amnésique, de Thierry Bouclier.

L’écrivain Robert Brasillach, fusillé le 6 février 1945, est passé progressivement du purgatoire à l’enfer médiatique. Il n’est plus possible de citer son nom sans soulever un tollé. Jean-Marie Le Pen en a fait les frais le 18 février 2012 en récitant, à la fin d’un discours prononcé à Lille, un passage de son merveilleux poème « L’enfant honneur ». Oser prononcer quelques vers de Robert Brasillach ! Le mauvais goût absolu. Le raccourci est désormais imparable. Robert Brasillach a été condamné pour faits de collaboration. Les collaborateurs étaient des nazis. Donc celui qui apprécie l’œuvre de Robert Brasillach est un nazi.

Ce secta­risme n’a pas toujours existé. Le 7 février 1970, pour le vingt-cinquième anniversaire de son exécution, le journal Le Monde consacre deux pleines pages à l’auteur des poèmes de Fresnes. Le quotidien de référence pèse le pour et le contre. Le dossier est présenté par Pierre-Henri Simon, de l’Académie française : “Nous essayons dans ce journal de maintenir les traditions de l’esprit libéral, dont une exigence est de bien regarder les personnages agissants ou entraînés dans les confuses mêlées de l’Histoire, en ne les tenant jamais quittes de leurs responsabi­lités, mais en ne les jugeant jamais sans un grand souci de distinctions nécessaires.” Et l’académicien de poursuivre : “Cette sorte de génie de l’amitié que ceux qui l’ont connu ont admirée en lui, la forme de son imagination excitée et non alourdie par l’ampleur de sa culture, son ivresse d’être jeune, cernée par l’ob­session de la mort qu’il souhaitait parfois précoce et tragique pour éviter les déchéances de l’âge, ce mélange de gaieté et de mélancolie, de fantaisie et d’attention, de romantisme et d’intelligence, qui donne à ses essais, à ses romans et à ses poèmes une voix inoubliable et qui a fait de son œuvre un témoignage majeur des mœurs et des idées de l’entre-deux-guerres : toutes ces vertus sont aussi et même d’abord la personnalité du jeune fusillé de Montrouge, et elles méritent des honneurs pour son ombre.” Vient ensuite une magnifique analyse de son œuvre littéraire par Ginette Guitard-Auviste : “Une culture étendue, liée à la frénésie de prendre, partout, la température de son époque. Sur le ton cordial de la conversation, la voix nous parle d’une soirée chez les Pitoëff, des arabesques giralduciennes, du Potemkine, des canulars de Normale Sup’. Elle a le même accent naturel pour raconter, avec des mots tout simples – car “c’est la clarté du langage qui laisse le mieux paraître l’obscurité des choses”, – la joie dorée des vacances avec leurs plages frangées d’écume où viennent s’évanouir et se reformer les songes. Vie vécue, vie rêvée des romans, à peine sait-on que l’on passe de l’une à l’autre quand, à l’autorité, succède une mélancolie discrète, marque des créations imaginaires.” Gilbert Comte se penche sur son engagement politique : “Le “poète fusillé” inspire à ses anciens adversaires quelquefois le pardon et tou­jours la tristesse”, avant de citer François Nourissier : “Aucune mise au point de nos sentiments sur l’affaire Brasillach ne serait aujourd’hui satisfaisante si nous ne proclamions pas que l’exécution de l’écrivain fut une erreur politique et humaine, même si la culpabilité du publiciste était flagrante.”

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