Renzi : il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne…

Alors que les partis hostiles à l’Europe de Bruxelles font florès un peu partout en Europe, alors que le Parti socialiste subit une défaite historique en France et que l’UMP explose en plein vol, l’Italie accorde les pleins pouvoirs à Matteo Renzi, chef du gouvernement et du PD (Partito Democratico, gauche) qui remporte 40 % des suffrages. Est-ce une victoire de la gauche italienne, à rebours des autres scrutins européens ? Rien n’est moins sûr et François Hollande, en se réjouissant de cette victoire, a tout faux, une fois encore. Il ment, ou alors il est simplement pathétique.

Car c’est avant tout un plébiscite pour Matteo Renzi, (jeune) homme pressé de la politique italienne, qui a su mener une campagne astucieuse, en bon communicant omniprésent dans les médias, amoureux de son image : Renzi, qui n’est pas arrivé au pouvoir par la voie des urnes, a promis toute une série de réformes (fonction publique, Code du travail, allégement de la pression fiscale, réforme territoriale, économies) dont il a repoussé la réalisation à… l’après-élections. Fonzie, comme on le surnomme ici, a de surcroît accordé aux catégories défavorisées une somme de 80 euros par mois, dont le premier versement est arrivé juste avant les élections. Ses détracteurs ont eu beau ironiser sur le financement d’une telle mesure, celle-ci a fonctionné.

Les raisons de ce succès sont donc avant tout internes à l’Italie, et ne tiennent aucunement à une confiance irraisonnée des Italiens envers l’Europe de Bruxelles. Les Italiens sont prêts à tout essayer pour sortir de cette crise qui les terrorise : ce gouvernement est le troisième en deux ans, et de cette instabilité chronique les Italiens ne veulent plus.

Matteo Renzi, tout à la fois démocrate-chrétien de gauche et catholique pratiquant, incarne ce à quoi les Italiens aspirent le plus : le renouvellement de la classe politique italienne. Et c’est à ce titre qu’une partie des voix de la droite de Forza Italia s’est reportée sur Matteo Renzi : les Italiens, peuple pragmatique s’il en est, ont donc accordé une légitimité électorale en même temps qu’un crédit de confiance à l’homme Renzi, qu’ils situent au-delà des clivages idéologiques. N’a-t-il pas accepté de pactiser avec le diable (Silvio Berlusconi) pour faire avancer la réforme électorale ?

S’ajoute à cela le fait que la droite italienne est allée aux élections en ordre dispersé : Forza Italia, le parti de Berlusconi, est pour le moment incapable de lui trouver un successeur et n’a pas su offrir un positionnement clair sur la sortie de l’euro, tandis que la Ligue du Nord (6 %) et Fratelli d’Italia (3,7 %), partis résolument anti-euro et anti-immigrationiste, ont fait cavalier seul.

Un autre facteur a joué un grand rôle dans le succès de Matteo Renzi : Beppe Grillo. L’ex-comique, anarchiste de gauche qui voulait faire « exploser le système », a été présenté, à droite comme à gauche, jour après jour et sur tous les médias, comme le mal politique absolu. Et cette stratégie de diabolisation a fonctionné : le Movimento 5 Stelle de Beppe Grillo, que l’on donnait en tête, s’est retrouvé à 21 %, loin derrière Renzi, et ayant perdu 2,5 millions de voix par rapport aux élections de 2012.

Mais ici plus qu’ailleurs, la roche Tarpéienne est près du Capitole. Si le peuple italien attend beaucoup de Renzi dans la mesure où il incarne un changement, la déception sera encore plus grande s’il ne réussit pas à redresser l’Italie. Et il n’est pas sûr que l’optimisme, la confiance en soi et l’énergie de Renzi suffisent à sortir l’Italie du marasme. Adoubé il y a quelques mois par Bruxelles et Merkel, européiste convaincu, Renzi ne veut pas sortir de l’euro, et il va rapidement se trouver face à ses contradictions : relancer la productivité et la compétitivité d’un pays en crise sans pouvoir agir sur sa monnaie. C’est un exercice périlleux. Les partis anti-euro ont tout de même réalisé, en cumulé, environ 35 % des voix.

Un autre grand paradoxe de ce scrutin italien.

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