Editoriaux - Société - 5 avril 2019

Remplacer « hommage » par « femmage ». Et pour « couillonnade », on fait quoi ?

« Un dernier hommage sera rendu à »… Pas une semaine sans qu’on lise ou entende cette expression toute faite et désormais convenue avec, parfois, la variante « ultime » au lieu de « dernier », plus recherchée peut-être. Curieux, d’ailleurs, que ce vieux mot rescapé de nos temps féodaux se refasse une santé à bon compte dans le commerce des pompes funèbres. Il est vrai que c’est une activité fleurissante et pleine d’avenir.

Mais à l’occasion du décès de la cinéaste Agnès Varda, l’association Osez le féminisme !, tout comme le Planning familial de Haute-Loire d’ailleurs, a rendu un « femmage » à celle qui fut une grande féministe devant l’Éternel.le. Bon, on ne va pas faire tout un fromage pour ce néologisme, pas très joli du reste, mais on se demande un peu si le féminisme poussé à l’excès de zèle n’est pas en train de tourner à la pantalonnade. Au fait, doit-on dire, encore, « pantalonnade », dans le cas présent ? « Juponnade » ou « robade » serait pas mal, même si ces vêtements ne sont plus réservés aux femmes depuis qu’on a inventé la Journée de la jupe.

Mais bon, allons-y pour un dernier « femmage » à Agnès Varda, auteure (ou autrice), en 1975, de ce court-métrage féministe, Réponse de femmes, dans lequel on entend cette saillie, si j’ose dire, magique : « Non, non, non et non. Je ne suis pas un homme sans queue ni tête ! » Même si les spécialistes de notre langue disent que ce mot « femmage » sans queue ni tête est ridicule et n’a aucun sens, si ça peut faire plaisir à ces dames…

Maintenant, une question : faut-il envisager d’interdire, voire carrément de pénaliser la formule de politesse « Mes hommages, Madame », avec sa variante populo de jadis « Mes hommages à vot’dame » ? Faut voir. On a bien banni de nos formulaires administratifs le beau titre de « Mademoiselle ». Car, à bien y réfléchir, n’est-ce pas ce genre de formules de politesse ringardes qui maintiennent les femmes dans une soumission ancestrale ? Présenter ses hommages aux dames et pourquoi pas les honorer, pendant que nous y sommes ! Mes hommages, Madame ? Non, mais je rêve, on n’en veut pas, de tes hommages, mon petit bonhomme. On n’est tout de même plus au Moyen Âge ou dans les années cinquante. À une époque où ce macho de Frédéric Dard sortait un San-Antonio intitulé Mes hommages à la donzelle. Un bouquin dans lequel on lit ce genre d’horreur : « Moi, les gonzesses qui chialent me courent sur le système glandulaire. » Ou encore celle-ci : « Elle essaie de me faire du charme, de me vamper : pour cela, elle veille à ce que le haut de son corsage baille comme un crocodile occupé à lire un roman de Mauriac. »

Esprit d’escalier, es-tu là ? Oui, je suis là. Alors, une question, du coup : comment pourrait-on masculiniser le mot « couillonnade » ? La question reste pendante, aurait dit ce bon curé de Camaret. Osons le masculinisme en terminant ce billet par cette formule d’un autre âge : veuillez agréer, je vous prie, Mesdames, l’expression de mes plus respectueux hommages.

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