Travailler moins pour vivre plus…

Telle est la devise d’une nouvelle génération de trentenaires diplômés, renonçant volontiers à une carrière toute tracée pour adopter la frugalité. Entre vie active et vie rêvée, ils font le choix du retour à la sobriété. Remettant en cause notre économie productiviste (au plus, c’est mieux), ils répondent : moins mais mieux. Urgence écologique ou refus du consumérisme sociétal, ces jeunes travaillent juste assez pour vivre de manière décroissante et privilégient des moments de qualité. « J’essaye d’orienter ma vie vers les joies quotidiennes les plus simples : lire, consacrer du temps à ma famille, m’occuper de mon potager. Le fait d’être dans une situation d’urgence écologique avancée rend la conversion à la frugalité non seulement désirable en soi, mais aussi nécessaire, si je veux que nos enfants grandissent dans un monde vivable », témoigne ainsi Gaultier Bès, cofondateur de la revue Limite pour une écologie intégrale.

Hélène a 28 ans et un CDI en poche, mais choisit librement de démissionner pour acheter un camion qu’elle aménage. « Et là commencent tous mes rêves. Je n’ai plus de loyer, et j’ai réduit mes charges grâce aux panneaux solaires que j’ai installés », lit-on dans Le Figaro. Vivant de travaux occasionnels, elle dort au bord d’un lac, se promène en forêt et habite dans une yourte à 1.000 mètres d’altitude.

La philosophe Dominique Méda analyse ce phénomène : « La famille, les relations sociales et amoureuses, les loisirs, l’engagement militant et les amis sont aussi prioritaires que le travail. Les jeunes recherchent une cohérence entre les différents aspects de leur vie, ce qui les amène parfois à préférer l’insécurité. Cette contestation de la place hégémonique du travail peut s’expliquer par différents éléments, dont un niveau d’instruction plus élevé, le refus de reproduire un modèle parental centré sur le travail ou les désillusions liées aux phénomènes de déclassement. » Une recherche de cohérence mais aussi une quête de sens quand le travail n’en a plus. « Les entreprises visent avant tout le résultat. Le travail est devenu une marchandise comme une autre. En résumé, quand on aime le travail, on n’aime plus travailler », souligne l’économiste Pierre-Yves Gomez dans Le Figaro.

Alors, avant d’en arriver à chanter « Le travail, c’est la santé, rien faire, c’est la conserver », et si tout le monde ne peut être appelé à une reconversion aussi radicale, puisse le témoignage de cette génération nous conduire, somme toute, à nous interroger sur un retour à l’essentiel dans nos vies souvent trop remplies…

28 janvier 2020

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