Lundi 14 décembre 2020. La rencontre de notre premier de cordée à la pensée si complexe avec les 150 zozos, certes sincères, tirés au sort de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) se conclut par l’annonce présidentielle d’un visant à introduire dans la Constitution de la Ve République une référence à l’environnement, à la biodiversité et à la lutte contre le réchauffement climatique.

Autrement dit, vient de marquer son entrée en campagne électorale et préparer sa tentative de réélection au printemps 2022. Ce référendum est inutile. Toutes les dispositions sont déjà en place. La Charte de l’environnement de 2004 est inscrite en préambule de notre Constitution. Les engagements issus de la fameuse COP21 de Paris, fin 2015, sont contraignants, sans parler de l’ensemble des décisions bruxelloises comme celle de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % (au lieu de 40 %) en Europe d’ici 2030. C’est, en réalité, une manœuvre politicienne du monarque élu pour capter les voix des écologistes (3, 4, peut-être 5 %) en sa faveur.

En effet, un grand nombre d’écologistes revendiqués, et plus généralement la gauche de gouvernement, reprochent au Président Macron de pratiquer une politique insuffisamment verte à leurs yeux. Dernier exemple en date, le 8 décembre 2020, où il déclarait que « notre avenir énergétique et écologique passe par l’énergie nucléaire ». Alors, pourquoi avoir fermé la centrale de Fessenheim, au premier semestre 2020 ? Ou le psychodrame de la réintroduction des néonicotinoïdes pour sauver les cultivateurs de betteraves de la faillite. Pour Macron, ce référendum, c’est utile électoralement pour donner des gages aux Verts, plus particulièrement aux Verts des métropoles qui constituent une partie de ses électeurs.

Mais le Président ne décide pas seul. Il devra en appeler aux deux chambres parlementaires qui devront s’entendre sur un texte identique. Or, nous savons les sénateurs très peu favorables à toute révision constitutionnelle. À quelques mois de l’élection présidentielle, palabres, débats et concertations feront l’actualité pour sans doute aboutir à un échec. Adroitement, Macron regrettera l’impossibilité de ce référendum et constatera théâtralement le revers pour mieux désigner le coupable, majoritairement à droite : le Sénat.

Malin comme un politicien de l’ancien monde, Macron n’aura rien décidé en matière de transition écologique, mais avec le superflu gadget qu’est son référendum, il aura gagné du temps, brassé du vent et bonimenté, arts qu’il maîtrise à merveille.

Évoquons le calendrier possible. Tant que la crise sanitaire perdure, l’adjudant Castex ne prendra pas le risque d’inviter les Français à voter. Une consultation au plus tôt au quatrième trimestre 2021 paraît, d’ores et déjà, compromise. De surcroît, à la sortie d’un possible troisième confinement, c’est un peuple épuisé, endeuillé, fracturé et en colère pour beaucoup qui risquerait de voter majoritairement pour le « non », sanctionnant lourdement le monarque à moins de six mois des élections présidentielles.

Je ne doute pas que le prince et ses conseillers n’aient pas évoqué cette hypothèse.

20 décembre 2020

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