Alors, ce dîner des neuf ? Transgressant allègrement la jauge et le couvre-feu, et même les douze coups de minuit. Qui étaient-ils ? Que faisaient-ils ? Réunion de crise Covid-19 ? Que nenni ! Ni Véran ni Delfraissy n’étaient du nombre des happy few. Le Point nous révèle le plan de table du cluster élyséen : « Face au Président, le Premier ministre Jean Castex. À sa droite, le secrétaire général de l’Élysée Alexis Kohler. À sa gauche, le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand. […] Autour d’eux, le patron de LREM Stanislas Guerini et son équivalent du MoDem François Bayrou, le chef des députés LREM Christophe Castaner et son homologue du MoDem Patrick Mignola. Côté cabinet élyséen, le conseiller politique Maxance Barré, le tandem de stratèges officieux Stéphane Séjourné et Thierry Solère, et un revenant, qui avait quitté ses fonctions de conseiller spécial mi-septembre : Philippe Grangeon. Soit une dizaine de personnes. »

C’était donc une réunion de la majorité, du pur « entre nous ». La Macronie dans toute sa splendeur tournée vers son avenir, concentrée sur son petit nombril. Au passage, sur cet escadron de choc, si je compte bien sur mes petits doigts, quatre au moins (Solère, Bayrou, Kohler, Castaner) sont ou ont été concernés par des mises en examen ou des démêlés judiciaires. Un critère pour réussir un plan de table, après tout.

Mais le chiffre qui les intéressait, ce soir-là, ce n’était plus le nombre de cas Covid, ni les jauges, ni les chiffres de la récession, ni – pas encore – la courbe de la température présidentielle. C’est Le Parisien qui vient nous révéler l’objet de leur unique tourment et leur « optimisme prudent » : « Même si la route est encore longue, le camp du Président se félicite des bons sondages et des déboires de l’opposition. La courbe de popularité du chef de l’État connaît une insolente ascension. Emmanuel Macron est très haut dans les sondages, s’extasie un conseiller gouvernemental. Il enregistre des scores nettement plus élevés que ceux de Nicolas Sarkozy et François Hollande au même moment de leur mandat. »

De quoi sabrer le champagne et tomber le masque. L’année Covid aurait transformé Emmanuel Macron et, mieux, « transformé le regard des électeurs sur le chef de l’État »« Les Français ont vu Emmanuel Macron presque tous les soirs à la télé depuis le printemps. Ils ont bien compris que ce n’est pas le Président des riches ni l’arrogant qu’on caricature, estime un familier de l’Élysée. Ils sont tombés sur un homme qui fait ce qu’il peut et qui prend cher ! »

Dans l’enthousiasme de la com’, la dernière expression était peut-être de trop…

Toujours est-il que le storytelling a continué avec la positivité du Président et son auto-bulletin de santé en mode youtubeur. Encore plus proche de nous : il est des nô-ô-tres, il a eu son Covid comme les au-autres !

En Macronie, c’est Noël et jour de l’An en même temps, et le Covid-19 une bien bonne divine surprise : « Quand les Français regarderont qui peut tenir la barre dans la tempête, ils ne choisiront pas Marine Le Pen ni Jean-Luc Mélenchon. […] L’union de la gauche est mal partie et même la droite ne croit pas en ses chances. Aujourd’hui, on ne voit personne qui pourrait battre Macron en . »

Il n’y a donc pas de temps à perdre : 2022 commence aujourd’hui. Après le flop de l’annonce du référendum (une « manœuvre » pour 60 % des Français), place au Président positif au Covid, faillible comme nous, tellement humain dans son pull pseudo-moche et son teint pâle à la Lanterne.

Cependant, il paraîtrait, toujours selon la chronique du cluster, que l’entourage du Président redoute l’irruption d’un candidat inattendu. Ils avancent les noms de Bigard, d’Hanouna ou – plus intéressant et plus crédible – de Robert Ménard.

Et d’ailleurs, pour revenir au relevé de température, un sondage publié vendredi, trois jours après ce dîner de fièvre et de folie à l’Élysée, indique qu’Emmanuel Macron et Jean Castex perdent chacun « deux précieux points de popularité au mois de décembre 2020 ».

Effectivement, les fièvres Covid sont toutes relatives et il n’y a qu’un pas de l’Élysée à la Lanterne.

20 décembre 2020

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