Référendum autonomiste en Italie : vers une Europe des régions ?

Le vase de Pandore aurait-il été ouvert à Barcelone le 1er octobre 2017 ? En Italie, ce lundi matin, la réponse semblait affirmative, au vu des résultats des référendums pour l’autonomie des régions Vénétie et Lombardie, vieille aspiration de la Ligue du Nord à l’origine de la consultation. En Vénétie, 98,1 % des électeurs ont voté pour, avec un taux de participation de 57,2 %. Résultat similaire en Lombardie, où le oui l’emporte à 95,3 % pour 39 % de votants (données encore non définitives à cause d’un problème technique).

S’il ne s’agit pas d’une demande d’indépendance (pour le moment) mais d’une consultation légale, prévue par l’article 116 de la Constitution qui prévoit l’attribution de plus d’autonomie aux régions qui en feraient la demande, le moment est certainement mal choisi pour ne pas comparer la situation à celle de la Catalogne.

Les référendums n’ont cependant qu’une portée consultative : ils permettront aux présidents de ces régions de pouvoir négocier avec l’État central pour obtenir la gestion de plusieurs compétences qu’ils se disputent (santé, instruction, protection du patrimoine culturel…), et surtout de récupérer une partie du solde fiscal, la différence entre les impôts versés localement et le retour en services publics dévolus sur le territoire.

Ces deux régions, moteurs économiques de la péninsule, représentant 30 % du PIB national versent en effet beaucoup plus d’argent qu’elles n’en reçoivent : en Lombardie, le solde fiscal s’élève à 53,9 milliards d’euros, chaque citoyen lombard verse ainsi 5.511 euros par an à l’État central. En Vénétie, le solde est de 18,2 milliards (3.733 euros par tête).

Ce solde est positif dans toutes les régions du centre et du nord du pays avec des montants certes moins spectaculaires. Inversement, le solde est négatif dans toutes les régions du sud : elles reçoivent plus que ce qu’elles ne versent, à tel point que certains parlent d’assistanat.

La région d’Émilie-Romagne vient, elle aussi, d’entamer des négociations avec le gouvernement pour demander plus d’autonomie, toujours dans le cadre de la Constitution.

Cette revendication d’une répartition plus juste des ressources apparaît donc tout à fait légitime de la part des habitants, mais elle ne fera que fragiliser outre mesure un État central déjà affaibli par l’action de Bruxelles, qui œuvre aussi discrètement que sûrement au démantèlement des États-nations, seuls remparts à la mondialisation effrénée : puisqu’il est plus facile d’imposer ses directives à de petites entités incapables de se défendre qu’à de solides et puissantes unités politiques, l’Union européenne n’a eu de cesse de soustraire des pouvoirs régaliens aux différentes nations qui la composent et d’octroyer, dans le même temps, plus de pouvoir aux régions.

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