Événement historique ! Le 5 mars 2021, Mme Bachelot, ministre de la Culture, a marqué le premier chêne, haut de 20 mètres, destiné au « tabouret » de la flèche de Viollet le-Duc. C’était dans la forêt domaniale de Bercé (Sarthe). Huit premiers chênes furent ainsi marqués, que suivraient bientôt mille autres, tous numérotés. La forêt de Notre-Dame, refaite à l’identique, durerait huit à dix années de plus que celle qui a brûlé ! Adieu aux concurrents en acier et en béton ! Les n’assistaient pas à la cérémonie mais l’émotion était en rendez-vous. Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, dit combien « notre culturel prenait racine dans notre patrimoine naturel ». Et Mme Bachelot de citer une phrase apocryphe, très tendance, de Chateaubriand : « Les forêts précèdent les hommes et les déserts les suivent. Les forêts nous suivront grâce à Bercé. »

À la pétition de 41.000 personnes adressée à fustigeant un écocide – toujours le mot juste, les écolos -, Mme Bachelot avait coupé court. « Une forêt, ça se gère et les coupes étaient prévues en tout état de cause… Aucune flibuste, aucun piratage, aucune amputation du patrimoine. » Mille chênes pris dans « une forêt d’exception » représentent 0,1 % de récolte annuelle destinée à la construction et à l’artisanat.

À cette forêt, toutes les forêts de France ont voulu donner leur arbre. Mille trois cent vingt-quatre chênes, centenaires voire bicentenaires, venus des forêts de l’État et des propriétaires forestiers furent sélectionnés. Initiative solidaire inégalée ! Magnifique élan cathédral ! Trente communes de Haute-Sarthe répondirent à l’appel. Cinquante-quatre propriétaires, adhérents à la coopérative forestière de l’Unisylva, firent don de 388 chênes. L’ONF (Office national des forêts) abattit des chênes mesurant jusqu’à 21 mètres. Quelle fierté, pour les régions où la filière du bois représente cinq pour cent des emplois ! Pour concourir, il suffisait d’être un chêne non vrillé, avoir le tronc droit, être âgé de 150 ans à 300 ans, mesurer 5 à 14 mètres de haut et avoir un diamètre de 50 à 90 cm. N’est pas chêne cathédral qui veut !

Apparu il y a 150 millions d’années, le roi de la forêt a fait les charpentes de nos maisons, de nos navires, de nos cathédrales. Au lieu d’être le chien d’Obélix, Idéfix, qui pleure chaque fois que son maître déracine un chêne, les devraient lire le joli livre, Le Chêne, de Jean-François Clémence, ancien forestier de Bercé. Ils apprendraient que l’exploitation n’est pas la déforestation et que le chêne se reproduit et croît extrêmement vite – c’est pourquoi il a colonisé (il n’y a pas d’autre mot) si rapidement l’Europe entière. Que les oiseaux sont des reboiseurs naturels, tout particulièrement le geai, qui met des glands dans sa poche buccale, les enterre en terrain meuble, en perd un peu partout. Heureux présage : à la messe de la Saint-Hubert du 18 novembre 2018 célébrée à Notre-Dame, le compositeur Sylvain Oudot mit en musique une prière, écrite par un académicien – amoureux, s’il en est, de notre langue -, Sir Michael Edwards : La cathédrale à la haute futaie.

19 avril 2021

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

4.7 3 votes
Votre avis ?
27 Commentaire(s)
le plus populaire
le plus récent le plus ancien
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires