[Réaction] André Rougé : « Il y a une ingérence comorienne à Mayotte ! »

photo-output

André Rougé, député européen RN, spécialiste de l'outre-mer, dénonce auprès de BV l'opération Wuambushu (remigration des Comoriens illégalement présents à Mayotte) : une opération « très mal préparée diplomatiquement, juridiquement et législativement », témoignant de « l'amateurisme » de Gérald Darmanin. Bien qu'il y voie une bulle de respiration pour les Mahorais « terrorisés » par l'immigration comorienne, il critique une action insuffisante, rappelant les solutions proposées par Marine Le Pen : fin de la binationalité et des avoirs des dirigeants comoriens, fin du droit du sol à Mayotte, etc. Et de conclure que Mayotte et la France subissent une ingérence comorienne.

Jordan Florentin. Que pensez-vous de l’opération Wuambushu actuellement en cours à Mayotte ?

André Rougé. Il faut tout d’abord rappeler pourquoi le gouvernement est contraint, aujourd’hui, à ce genre d'opérations. Depuis six ans, avec le début du premier mandat d’Emmanuel Macron, le gouvernement n’a absolument rien fait pour sortir Mayotte de la situation de chaos dans laquelle elle se trouve. Cette opération a trois objectifs : déloger des squatteurs des bidonvilles illégaux dans lesquels ils sont logés, reconduire 10 % des clandestins aux Comores et débusquer les criminels et délinquants qui agissent en bande en toute impunité et terrorisent les Mahorais depuis plusieurs années. En soi, l’opération est louable, elle est positive pour le dernier point et pourra apporter une respiration aux Mahorais, mais c’est une opération mal préparée qui rappelle l’amateurisme de la Macronie. Elle est mal préparée, diplomatiquement, juridiquement et législativement.

Diplomatiquement, parce que les Comores ont fait savoir qu’elles n'accueilleraient pas leurs ressortissants expulsés. Les autorités comoriennes ont refusé l’autorisation d’accoster au navire qui fait la liaison. Par ailleurs, le président de l’Union des Comores Azali Assoumani a des visées de souveraineté hégémonique sur Mayotte, il multiplie les provocations depuis plusieurs années à l’égard de la France. En 2019, Macron a fait preuve d’une lâcheté coupable en recevant ce président qui avait déclaré qu’il ne reconnaissait pas l’autorité de la France sur le sol de son territoire, Mayotte. Emmanuel Macron l'a reçu à l’Élysée et lui a fait un chèque de 150 millions en contrepartie duquel l’Union des Comores s’engageait à recueillir les ressortissants reconduits. On voit ce qu’il en est aujourd’hui.

Marine Le Pen et le Rassemblement national proposaient plutôt de faire preuve de la plus grande fermeté envers les Comores, avec un rappel de l’ambassadeur de France à Moroni pour consultation, une convocation de l’ambassadeur des Comores à Paris au Quai d'Orsay pour lui signifier la position de la France. Et si cela ne suffisait pas, le président Azali et certains de ses ministres ont la double nationalité, il était donc envisageable de geler leurs avoirs sur le territoire national. Rien de tout cela n’a été fait et, la semaine dernière, les Comores ont fait une tentative d’ingérence dans la politique intérieure française. Ils ont expliqué que la France devait renoncer à cette opération.

J. F. Les Comores refusent d'accueillir le bateau transportant les expulsés de Mayotte...

A. R. Il s’agit du Maria Galanta, un bateau de transport faisant la navette entre Mayotte et l'île d’Anjouan. Un bras de mer de 70 km sépare les deux îles. Les autorités comoriennes ont refusé à ce navire d’accoster dans le port d’Anjouan.

J. F. Les Comores décident-elles de la politique migratoire de la France ?

A. R. Les Comores violent le droit international. En effet, en 2019, ils avaient pris l’engagement d’accueillir les Comoriens expulsés en contrepartie des 150 millions dont, d'ailleurs, les Mahorais auraient bien eu besoin. Ils ont des difficultés d’accès à l’eau, il faut également allonger la piste aérienne qui n’est toujours pas terminée, malgré les promesses d'Emmanuel Macron.

Cette opération est mal préparée juridiquement car, pour mémoire, la Cour européenne des droits de l’homme avait épinglé la France en 2013 à propos des reconductions aux Comores. Législativement, c’est très mal préparé aussi en amont, car tant qu’il n’y aura pas une législation consécutive au référendum sur l’immigration que Marine Le Pen a annoncé, il y aura des pompes aspirantes telles que l’aide médicale d’État, les soins gratuits à l’hôpital de Mamoudzou, la scolarisation, le regroupement familial, etc. Aujourd’hui, si les expulsés arrivent à parvenir aux Comores, ils reviendront de toute façon à Mayotte. C’est un coup d’épée dans l’eau s'il n’y a pas de décision juridique et législative prise en amont.

Cette opération est très lourde : il y a 1.800 représentants des forces de l’ordre, des véhicules blindés de la gendarmerie acheminés sur place. Il y a eu des affrontements, cette nuit, entre une bande et la CRS 8. Les CRS ont été encerclés et ont dû faire usage de leurs armes pour se dégager de la situation. C’est une information à prendre au conditionnel.

Cette opération, très difficile à monter, devait coïncider avec le débat du texte Asile Immigration au Parlement. Je pense que M. Darmanin voulait surtout faire un coup de communication politique de façon à gonfler les muscles et éclipser le volet le plus important de son texte : la régularisation de plusieurs centaines de milliers de clandestins.

J. F. Thierry Suquet, le préfet de l’île de Mayotte, a répondu au ministre de l’Intérieur comorien, précisant que l'opération ne s'arrêterait pas. Pensez-vous qu’elle ira jusqu’au bout ?

A. R. Je le souhaite, car même si cette opération est mal préparée et n’est pas viable à moyen terme, elle va générer une bulle de respiration pour les Mahorais qui vivent dans la terreur. C’est insupportable, en ce début de XXIe siècle, de penser que dans des départements français, à Mayotte, en Guyane, mais aussi en Seine-Saint-Denis, il y a des Français vivant dans la terreur de ces bandes.

Jordan Florentin
Jordan Florentin
Journaliste à BV

Vos commentaires

25 commentaires

  1. Darmanin s’est beaucoup engagé et, ministre d’état, représente le gouvernement entier de la France dans cette affaire Wuambushu, qui semble déjà patiner: gendarmes déjà blessés en nombre, juge comique plus fort que tout et qui se sert du droit pour tout arrêter et conserver le non-droit (fureur ahurie de la député), gouvernement comorien plus fort que la souveraineté de la France chez elle. Là, on se dit que l’Algérie et le Maroc doivent regarder ça très amusés, Tebboune venant bientôt en France (pour donner ses consignes à Macroléon le Petit?) et l’on peut sourire à l’évocation de cette « Loi immigration » qu’on dit nous préparer; on va voir ce qu’on va voir! quelle crédibilité! L’on se demande donc dans quel ridicule Darmanin va-t-il mettre la France? Nous allons être la risée de la planète. La seule sortie décente ne peut être que celle de la plus grande fermeté, le nettoyage total de cette Ecurie d’Augias qu’est devenue Mayotte. Et muter le juge « à Hazebrouck ».

  2. Vraiment, comment refuser de constater l’évidence: la France est dirigée soit par des incapables soit par des menteurs. Ou les deux à la fois ! On fait semblant de déployer des forces à Mayotte pour déloger les illégaux fraudeurs pilleurs des services payés par les Français pour les Français, ce qui est notre Droit le plus stricte, et … mince alors !!! 1) on avait oublié d’avertir Les Comores, et 2) la justice locale interdit l’opération ?!
    Et puis quoi encore ?!
    La macronie doit être virée de toute urgence !

  3. Devant les révoltes de la faim, la peur de finir coupé à la machette, les considérations juridiques ne valent plus rien. Dans une zone où les institutions étatiques ne sont rien, seuls les révoltés font la loi. C’est ainsi.

  4. Et si on demandais à Viltaïs de les ramener ? (avec le contrat suivant : si vous ne le faites pas, on vous supprime toutes vos subventions et on vous demande de nous rembourser toutes celles que vous avez déjà eues.)
    Là, ce serai hyper sympa, non?

  5. Ce n’est pas, comme le laisse croire le titre, une ingérence comorienne mais bel et bien un acte d’agression contre un département français ! La volonté est affichée et clairement exprimée par la République comorienne. Le but étant, par l’invasion, de « conquérir » et ANNEXER Mayotte par la force du fait accompli. Le gouvernement français aurait dû agir depuis longtemps pour stopper ce qui est devenu aujourd’hui un acte de guerre avéré (presque revendiqué). Des « petits soldats » que nous avons naturalisés sont devenus force d’occupation à Mayotte française, depuis 1841, de par sa volonté !

  6. Quand on traite avec ce genre de gens, on donne la moitié de la liasse avant et le reste après. Depuis leur indépendance, les Comores ne sont pas un modèle de société

  7. Macron joue les gros bras en allant dialoguer avec Xi Jinping, Poutine ou Biden, et s’avère incapable de faire respecter le Chef de l’Etat français par un petit président comorien. Il se ridiculise une fois de plus, mais le problème est qu’il ridiculise la France. Impardonnable !

  8. Il faut avoir fait l’ENA pour ne pas savoir que Mayotte est la principale source de revenus (à travers ses ressortissants et les filiations) des Comores, une véritable pompe à « fric de dingue » ! Il faut avoir fait l’ENA pour croire un seul instant (malgré l’argent déversé) aux accords passés ! Il faut avoir fait l’ENA pour ne pas savoir qu’il faudra faire un passage en force et que plier devant les Comores est la pire humiliation que ce Gouvernement va infliger aux français ! N’est pas De Gaulle qui veut alors halte au blabla tout le monde à compris ! C’était « chronique d’un flop annoncé » !

  9. Pourtant, l’affaire de Mayotte perdure depuis très longtemps, il fut un reportage diffusé sur une chaine,aujourd’hui disparus, qui diffusais beaucoup de reportages de territoires d’outre mer, principalement sur « Cesquoiçà » qui nous montrait au Comores la fabrication de ces embarcations pour transiter vers Mayotte. Dans ce reportage un chef de village, d’un certains age, nous expliquais que Mayotte faisait parti intégrante des Comores et que ‘cesquoiçà’ était encouragé pour reconquérir ce territoire. Sans aucune réaction en ce temps là, de notre gouvernement pourtant une affaire rendu bien public.
    Qui ignore les relations étroites entre Al-Qaïda et cet archipel et les largesses de la France pour les dirigeants, les moyens existent de dissuader.
    Mayotte à voté largement son rattachement avec la France, encore une fois, comme la région du Donbass en Ukraine où encore la presqu’ile de Crimée, la volonté d’auto détermination de la population est encore bafoué. Ne me parlez plus de démocratie, elle est morte et enterré.

  10. Ce n’est pas uniquement à Mayotte qu’il faut supprimer le droit du sol , c’est sur Tout le territoire français. Maintenant en 2017 Macron sur un navire de la  » royale » déclarait :  » les Kwassas -Kwassas , ça pêchent peu mais ça ramène du Comorien » . Donc depuis 2017 , la situation n’a fait qu’empirer. Maintenat , si faut aller à l’épreuve de force , allons y ! Mais pour ça il faut avoir une vraie volonté de mettre un coup d’arrêt à cette situation. Un coup de force qu’il faudrait aussi faire en Méditerranée . Surveillance H 24 des cotes d’où partent les bateaux et retour immédiat à la case départ.

  11. Quelle ingérence ? Mayotte est partie intégrante de la République des Comores. Et ce n’est pas le référendum bidon de 1975 organisé par la France et dont étaient exclues les 3 autres îles qui y changera quelque chose. Entre 1976 et 1994, l’ONU à voté 14 résolutions enjoignant à la France de rendre cette île, résolutions dont elle se moque… Mais elle condamne Poutine pour avoir fait de même en Crimee…

    • La solution serait là ! Obéissons et suivons la directive de l’ONU et rendons-leur cette île. Un caillou en moins dans les chaussures de la France ! ça ne devrait pas être difficile à Macron, le toutou de l’Otan, de l’ONU, de Bruxelles. On n’a jamais vu garçon aussi obéissant avec les instances internationales.

    • Mayotte est un département français, c’est une île et un point d’ancrage de la France dans l’océan indien. Les autres îles ont voté pour leur indépendance, elles ont eu ce qu’elles souhaitaient donc si les habitants meurent de faim ce n’est pas notre problème, ils doivent assumer leur choix et ne pas venir chercher à Mayotte ce qu’ils ont refusé à savoir le mode de vie à la française avec les aides, les soins, les allocs…

  12. Mayotte est et restera un problème insoluble. Les Comoriens crèvent de la misère et viennent chercher l’oxygène de la métropole que la départementalisation a apporté à ces deux îlots mahorais Mamoudzou et Dzaoudzi. Ce rattachement à la métropole française a été une grave erreur. De par le contexte géographique rien n’empêchera les Comoriens dont les Anjouanais de revenir en des temps records. Cette opération est un coup d’épée dans l’eau de l’océan indien.

  13. Nous, Français, avons élu, deux fois !, un homme médiocre, lâche, et traître à son pays et son peuple. Et nous allons le payer cher, du prix le plus élevé qui soit : notre disparition en tant que peuple, avec sa culture propre, sa liberté et son indépendance. Car ce qui se passe à Mayotte, lointaine, existe aussi en metropole, sur des territoires de plus en plus étendus. Je ne vois plus comment nous pourrons les  » décoloniser « .

    • L’homme médiocre dont vous parlez vous a quand même expliqué qu’il n’y a pas de culture française et, à part quelques personnes de droite, qui a protesté ?

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

L'intervention média

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois