Moins les politiciens se montrent capables de résoudre les problèmes, plus ils se réfugient dans la mise en scène, confondant les deux sens du mot acteur et considérant les citoyens comme des spectateurs. Le service dit public de télévision s’est prêté docilement à cette évolution en offrant un duel entre la présidente du Rassemblement national et le ministre de l’Intérieur. Mais pour le ministre et la fabrication de son image, le spectacle ne finissait pas avec l’émission. Peu après, il enclenchait la procédure de dissolution de Génération identitaire.

On comprend la manœuvre : de même que le ministre a évité de stigmatiser uniquement l’islam et laissé entendre que des traditionalistes catholiques ou des protestants évangélistes pouvaient aussi présenter des risques, il fallait qu’il censure , hostile à l’immigration musulmane, comme il s’en était pris à BarakaCity ou au CCIF, dissous récemment. Un détail lui a sans doute échappé : si des islamistes commettent des attentats contre les Français, aucun « identitaire » n’a commis d’attentat contre un Français, ni même contre un immigré. Ce désir d’équilibre hypocrite est un geste minable de politique politicienne qui instrumentalise le droit en même temps qu’il dénature la réalité. Clément Weill-Raynal observe que les militants de Génération identitaire n’ont jamais été condamnés, ne prônent ni ne pratiquent la violence, contrairement aux groupuscules antifas ou aux Black Blocs auxquels on ne touche guère.

Beaucoup de médias ne s’offusquent pas de cette dissolution. Depuis longtemps, la pensée unique et le politiquement correct ont fait reculer la liberté d’expression en France et avec la complicité de nombreux « journalistes ». Cette fois, l’injustice et le caractère discrétionnaire de la mesure nous font totalement quitter le terrain de la démocratie et de l’État de droit. La liberté d’exprimer son opinion et celle de manifester pour la défendre sont des droits constitutionnels. Leur limitation a beau avoir été accrue, ni les idées, ni les actions de Génération identitaire ne sont susceptibles de sanctions. Aucune haine raciale, puisque c’est contre l’immigration excessive et insuffisamment contrôlée que milite l’association, et non contre une ethnie particulière.

Mais l’islamophobie ne peut-elle leur être reprochée ? L’islam n’est pas une race mais une religion. L’accroissement de sa présence sur notre territoire pose manifestement des problèmes. Le dire n’est pas un crime mais une opinion. Celle-ci est-elle exprimée dans la violence ? Non. D’ailleurs, la Justice a, récemment, relaxé les membres de l’association pour leurs actions à Poitiers et dans les Alpes. Troublent-ils l’ordre public ? Même pas, puisque ces manifestations sont purement symboliques et évitent, systématiquement, un rapport de force physique. On les accuse d’être une milice ? Sait-on ce que c’est ? Un groupe armé et en tenue reconnaissable cherchant à faire respecter sa loi à la place des forces de l’ordre, comme les guetteurs des quartiers perdus de la République ou le groupe tchétchène qui était venu attaquer ceux d’un quartier de Dijon. Génération identitaire est exactement l’inverse : des groupes peu nombreux sans arme dressent une banderole dans le but de souligner, symboliquement, une carence de l’ordre public dans notre pays : le fait que les frontières ne soient pas gardées, que les migrants clandestins soient nombreux en certains lieux, que des manifestation racistes et clairement antifrançaises en même temps qu’hostiles à la puissent se dérouler.

Quelles que soient nos convictions sur l’ ou l’immigration, la dissolution de Génération identitaire signe une dérive du gouvernement actuel vers un État où le droit n’est plus le même pour tous, où le Français patriote se trouve stigmatisé davantage que celui qui déteste notre pays et le dit haut et fort en brandissant sa carte d’identité nationale. S’opposer à cette dissolution, c’est défendre la démocratie et l’État de droit ! C’est aussi défendre la France !

15 février 2021

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