[CINÉMA] Sur la route d’Omaha, les abus de la « loi refuge » du Nebraska…

Difficile d’être insensible à un sujet si tragique.
© 2025 Condor Distribution
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Aux États-Unis, des lois dites « Safe Haven », mises en place dans l’ensemble des États, autorisent les parents à abandonner leur progéniture dans les hôpitaux sans être poursuivis par la Justice. Une conséquence directe de la paupérisation du peuple américain dont 42 millions de citoyens, faut-il le rappeler, vivent aujourd’hui grâce aux bons alimentaires du programme fédéral SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program) du ministère de l’Agriculture…

Si les lois « Safe Haven », ou « lois refuge », ne s’appliquent habituellement qu’aux nourrissons et aux enfants en bas âge, une faille juridique dans la législation du Nebraska a longtemps permis l’abandon jusqu’à dix-huit ans. Ainsi, nombre d’Américains des États limitrophes venaient au Nebraska pour y laisser leurs enfants. Les autorités de l’État constatèrent, en 2008, que sur trente-cinq enfants abandonnés en l’espace de quatre mois, aucun n’était en bas âge ; le scandale fut tel que le Nebraska modifia sa loi de façon à s’aligner sur ses voisins.

Un déchirant récit de voyage

Dès cette époque, l’année 2008, le scénariste et professeur de photographie Robert Machoian Graham, de l’université Brigham-Young de l’Utah, largement associée aux mormons, eut l’idée de faire un film sur le sujet. Sa rencontre au festival de Sundance avec le jeune réalisateur de courts-métrages Cole Webley fut alors décisive. Ce dernier réalise aujourd’hui, avec Sur la route d’Omaha, son tout premier long-métrage. Un film prometteur bien qu’extrêmement balisé.

Le récit suit un père de famille de l’Utah, veuf semble-t-il, qui un matin réveille en toute hâte ses deux enfants, Ella et Charlie. Sa consigne est claire : ils doivent emporter le strict nécessaire, quitter la maison avec leur chien et monter fissa en voiture. Une vieille caisse qui démarre mal et qu’il faut pousser sur plusieurs mètres. Le temps presse, pour cette petite famille, car le shérif, qui attend devant le domicile, leur a signifié depuis longtemps leur avis d’expulsion, placardé de long en large sur la porte d’entrée. Le voyage commence et sans qu’ils sachent bien où leur père les emmène, les enfants pressentent que quelque chose ne va pas. La mine sombre, relativement taiseux, celui-ci affiche la détermination de l’homme qui, la mort dans l’âme, doit accomplir son devoir dans l’intérêt des siens.

L’Amérique de J.D. Vance

Récit mélancolique, voire tragique, sous une apparence de road-movie plus léger, Sur la route d’Omaha ne dévoile son jeu que tardivement, bien qu’annoncé par une série de passages lourds de signification : difficultés diverses de paiement sur les aires d’autoroute et regards douloureux du père lorsqu’il s’agit de sortir un dollar pour payer une glace à ses enfants. L’Amérique de Donald Trump, et surtout de J.D. Vance, se dévoile sous nos yeux, quelque part entre l’Utah et le Nebraska, dans des villes sans activité, presque fantomatiques, reliées par des étendues désertiques de campagne. Une Amérique périphérique où il est devenu difficile de trouver un emploi et où la jeunesse démarre dans la vie avec de sérieux handicaps en comparaison avec celle de la côte Ouest.

Reposant sur son twist final, le film fait le choix narratif de privilégier le point de vue des enfants, et en particulier d’Ella, interprétée par l’impressionnante Molly Belle Wright. Une fillette plus mûre que celles de son âge, qui ressent confusément les tourments de son père mais ne peut imaginer ce qu’il s’apprête à faire. Le contraste entre l’innocence des enfants et la souffrance mutique de ce père qui ne parvient plus à remplir son rôle protecteur fait la force du film. Difficile d’y être insensible, malgré la fragilité de l’ensemble.

 

3 étoiles sur 5

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

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