C'est un adjectif qui aurait pu passer inaperçu lors de l'interview accordée par Emmanuel à l'occasion du 14 Juillet : « organique ». Il aurait même pu être mal compris : aujourd'hui, on parle de « déchets organiques », de « matières organiques », mais pas de « tout organique » pour désigner la nation.

Il aurait été dommage, convenons-en, de passer à côté. L'extrême gauche, nous apprend L'Obs du 18 juillet, y voit une référence à Maurras. Eh oui, on peut faire confiance aux commissaires politiques pour connaître leurs fiches. Ils ont troqué l'imperméable et les lunettes contre le poncho et les dreadlocks, mais c'est le même logiciel. Personne ne connaît plus le grand penseur du royalisme, sauf eux. Les soutiens de Macron, de leur côté, y voient une référence à Émile Durkheim, l'un des pères de la sociologie, donc l'aile gauche de la complexe pensée présidentielle.

« Organique » est un simple adjectif qui permet, dans ce cas précis, de comparer la nation à un organisme. C'était le but de Maurras, c'était celui de Durkheim. Oui, mais voilà : Maurras se servait de cette comparaison pour justifier l'inégalité naturelle des hommes. Alors qu'on sait bien que toutes et tous sont parfaitement égales et égaux. Durkheim, lui, oppose la solidarité organique, celle des sociétés évoluées, dans lesquelles chacun est considéré pour ce qu'il est en tant que personne, à la solidarité mécanique, celle des sociétés primaires, dans lesquelles le collectif écrase l'individualité.

Macron, à mon humble avis, ne connaît pas bien Maurras. Il a lu une fiche sur Kantorowicz avant d'aller voir Villiers en 2017 et tout le monde s'est esbaudi de sa compréhension de la figure du roi. Je ne sais même pas s'il a lu Durkheim (ce qui n'est pas excessivement grave). Il a seulement dit « organique » parce que c'est un mot de techno pour désigner le vivant, la nature, ce qui pue, ce qui est humain. Les devaient lui faire l'effet d'une foule organique, pas exemple. Les marchés à la campagne ? Organiques. Les ch'tis tatoués qui aiment Johnny ? Organiques aussi. La nation, qu'il méprise et qu'il manipule, qu'il méprise précisément parce qu'il la manipule ? Un tout organique.

Si était, comme il le prétend, un homme de culture, il aurait pu citer Saint-Exupéry : « Chacun est seul responsable de tous » (Pilote de guerre, 1942). Économie de mots, profondeur du sens, pas d'esbroufe. Il aurait même pu, avec un peu de courage, citer celui dont partent Maurras et Durkheim : saint Paul. « Vous êtes le corps du Christ, chacun de vous est un membre de ce corps » (1 Corinthiens, 12:27).

L'en même temps, c'est le rien. C'est l'ambiguïté insaisissable. Oui et non. Couci-couça. Cette « disponibilité » plastique et limoneuse, diabolique pour tout dire, est celle du personnage qui donne son nom au dernier roman de Bernanos : Monsieur Ouine. Voilà une bonne lecture de pour éclairer la prétendue pensée complexe de notre guide.

4259 vues

21 juillet 2022

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

  Commenter via mon compte Facebook

  Commenter via mon compte Twitter