Editoriaux - 27 janvier 2019

Quand le Haut-Rhin et le Bas-Rhin redécouvrent l’Or du Rhin célébré par Victor Hugo et Richard Wagner

On a écrit pis que pendre – y compris sur Boulevard Voltaire – sur les conséquences du traité d’Aix-la-Chapelle qui, après le traité de l’Élysée en 1963, vient renforcer l’amitié franco-allemande mise à mal par les Hourrah-Franzosen de tout poil. En Alsace, l’entreprenante présidente du département du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert, a voulu remettre les pendules à l’heure en accueillant à Colmar, avec son homologue bas-rhinois, 80 personnalités alsaciennes, allemandes et suisses pour le lancement de la Stratégie OR (acronyme d’Oberrhein, ou Rhin Supérieur), socle de la future politique de coopération transfrontalière dans l’espace trinational du Rhin supérieur.

Évidemment, vu de Paris, c’est un peu comme le Tibet qui revendique son indépendance, mais avec la naissance de la Collectivité européenne d’Alsace le 1er janvier 2021, l’Alsace pourra se donner enfin l’ambition d’être le laboratoire et le cœur européens de la France et de sa cousine germaine.

Le traité d’Aix-la-Chapelle dans son contenu – quand on veut bien le lire sans œillères ni a priori – tient compte, en effet, des différentes contributions formulées ces derniers mois par les collectivités du Rhin Supérieur, plus que jamais mobilisées pour une coopération transfrontalière approfondie.

Grâce aux nouvelles compétences de la Collectivité européenne d’Alsace, qui disposera entre autres du leadership sur le transfrontalier et d’une nouvelle capacité à agir pour développer le bilinguisme, l’Alsace se place résolument à l’avant-poste de la coopération concrète et quotidienne avec ses voisins du Rhin Supérieur, dans une synergie que la Stratégie OR – Oberrhein/Rhin Supérieur compte mettre en œuvre.

Concrètement, a précisé Brigitte Klinkert, c’est aussi bien la réouverture de la liaison ferroviaire entre Colmar et Freiburg en Allemagne, la mise en œuvre d’un véritable partenariat franco-allemand pour redynamiser le territoire de la centrale de Fessenheim ou encore le développement de partenariats scolaires entre communes de part et d’autre du Rhin, le renforcement de l’université franco-allemande. Autant de projets ambitieux – n’en déplaise aux esprits chagrins – inscrits en filigrane dans les dispositions du traité d’Aix-la-Chapelle. L’institution d’un fonds citoyen – qui ne devrait pas déplaire aux gilets jaunes – permettra également d’encourager et de soutenir les initiatives de citoyens et les jumelages entre villes pour rapprocher nos deux pays et favoriser la diversité culturelle. En outre, l’harmonisation des systèmes éducatifs de part et d’autre du Rhin, le développement de l’apprentissage mutuel de la langue du voisin ainsi que la mise en place d’outils d’excellence franco-allemands pour la recherche et la formation, comme pour l’enseignement professionnel, sont autant d’atouts pour mieux répondre aux défis du XXIe siècle auxquels les deux États sont confrontés, à l’échelle européenne comme à l’échelle locale.

La Stratégie OR lancée par les deux départements alsaciens n’a rien de spéculatif ; OR s’enracine en Alsace à la fois dans la mythologie de l’opéra de Wagner (Das Rheingold) et la célébration jubilatoire du Rhin de Victor Hugo : “Oui, mon ami, c’est un noble fleuve, fédéral, républicain, impérial, digne d’être à la fois français et allemand. Il y a toute l’histoire de l’Europe dans ce fleuve des guerriers et des penseurs, dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l’Allemagne.”

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