Quand le Défenseur des droits lève le doigt, les élus locaux se couchent

Le 16 août 2016, deux femmes de confession islamique se montrent aux abords d’un aqua-club – celui de Belle Dune, près de Fort-Mahon (Somme), pour ne pas le citer – entièrement revêtues d’un maillot de bain les recouvrant des pieds à la tête, autrement appelé « burkini », depuis que ce singulier vêtement a fait son apparition récente sur les plages du sud de la France. Refus net du directeur de l’établissement qui se retranche derrière le règlement intérieur : « D’autres demandes ont été refusées comme l’utilisation de combinaisons de plongée, de venir surveiller des enfants, habillé au bord du bassin, les shorts de bain pour les hommes… Il est précisé au règlement que toute tenue habillée est refusée, et pas précisément un burkini », « pour des raisons d’hygiène », s’est-il alors défendu (Courrier picard, 14 mars).

Les deux femmes n’en sont pas restées là et ont porté leur réclamation devant le Défenseur des droits, alléguant avoir été victimes d’une discrimination, à raison de leurs convictions religieuses. Par une décision du 27 décembre 2018, le Défenseur des droits a fait droit à leur demande en soulignant, d’une part, que « le port du burkini n’est pas interdit, en tant que tel, par la loi française », d’autre part, que « le refus d’accès [des requérantes] à l’aqua-club […] fondé sur le port du burkini caractérise une discrimination fondée sur la religion et le genre ».

Ce 13 mars, le conseil syndical, l’assemblée délibérante du Syndicat mixte Baie de Somme-Grand Littoral Picard, établissement public assurant la gestion de l’aqua-club, a décidé d’entériner la décision du Défenseur des droits (donc de procéder, comme ce dernier l’y incite, à la modification du règlement intérieur de l’aqua-club), d’indemniser les deux musulmanes « de leur entier préjudice pour s’être vu refuser l’accès à l’aqua-club sans aucune justification et avoir ainsi dû renoncer à leur séjour de vacances », sans aucunement chercher à contester devant les tribunaux ad hoc cette décision rendue, rappelons-le, par une simple autorité administrative indépendante, créée sous Nicolas Sarkozy en 2008 et intégrant, entre autres, des institutions comme la HALDE (anciennement Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) ou l’ex-Médiateur de la République.

Deux observations s’imposent. La première a trait au zèle d’une institution dont le président, l’ancien ministre chiraquien Jacques Toubon, fait preuve d’un activisme sans bornes. En juin 2018, il déclarait, par exemple, à propos de l’Aquarius, « qu’il aurait fallu accueillir d’abord les migrants et étudier leur situation administrative ensuite ». (JDD, 23 juin 2018). S’il se montre légitimement attentif au sort réservé aux gilets jaunes, victimes de violences physiques inouïes de la part du pouvoir, il manifeste « en même temps » une xénophilie des plus militantes.

La seconde observation tient à l’insoutenable veulerie d’une majorité d’élus locaux, préférant subir des décisions qu’ils considèrent pourtant comme injustifiables plutôt que de se battre, y compris sur le plan judiciaire, pour défendre ces « territoires » dont ils n’ont de cesse de vanter – notamment en zone rurale – les atouts patrimoniaux, paysagers, culturels et touristiques. La vérité vécue oblige à dire qu’ils sont bien les premiers artisans d’un certain « Grand Remplacement » qu’ils sont nombreux à honnir dans les coulisses des conseils communaux et intercommunaux, mais bien trop couards à dénoncer publiquement dans ces mêmes enceintes, de peur du qu’en-dira-t-on politico-médiatique.

On a coutume de prêter à saint Augustin cette formule apocryphe : « À force de tout voir, on finit par tout supporter… À force de tout supporter, on finit par tout tolérer… À force de tout tolérer, on finit par tout accepter… À force de tout accepter, on finit par tout approuver. » CQFD.

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