Burkini : vers un islam de marché ?

En son temps, le bikini, « obscène » par nature, avait fait couler autant d’encre que de pollutions nocturnes adolescentes. Dans un semblable registre, le burkini fut donc le feuilleton de l’été, Marine Le Pen allant jusqu’à évoquer « l’âme de la France », opposant « plages de Vadim et de Bardot » et celles de « lugubres Belphégor »… Soit.

Dans le même temps, un fort joli dessin de Sergueï, dans Le Monde, où l’on voit deux mémères en string et seins nus, criant à « l’indécence » devant une nénette en… burkini. Comme quoi…

Comme quoi tout est relatif ; nos grands-mères, quand elles daignaient s’adonner aux bains de mers – luxe de riches –, ne laissaient que quelques centimètres de peau découverts. Idem pour leurs maris, sapés façon Brigades du Tigre à la manière Mr Bean. En attendant, c’est la fête du slip. Les féministes se bouffent entre elles ; les « autorités » musulmanes – ou ce qui en tient lieu – se déchirent. Après la bataille d’Hernani, celle du burkini.

Certains y voient le signe supplémentaire d’un islam de plus en plus intrusif. D’autres, la régression d’acquis féministes naguère conquis de haute lutte. Et certains, pour tout arranger, considèrent que le burkini en question serait trop moulant. C’est un point de vue : la fille bien gaulée sera encore plus bandulatoire qu’à l’accoutumée ; quant au tromblon, le vêtement susnommé la fera toujours plus ressembler à un étal de saucissons qu’à une Ursula Andress sortant des flots dans James Bond 007 contre Dr. No.

Mais, derrière la polémique de façade, un autre débat mériterait d’être posé : la marchandisation de l’islam. Car le communautarisme musulman est un bizness des plus juteux. Les ventes de burkinis explosent. À en croire le magazine Challenges, ses fabricants peinent à satisfaire la demande. De même, son confrère Capital consacrait récemment un volumineux dossier à la question, d’où il ressortait que le marché halal offrait des « opportunités les plus intéressantes du moment ».

D’où la balkanisation communautariste de nos supermarchés, avec rayons asiatiques, mexicains, juifs, portugais et – surtout – halal, à chaque coin de travée. Le tout orchestré dans un immense bazar faisant qu’un non-musulman peut manger halal à son insu, tandis qu’un musulman pensant manger halal consomme trop souvent un halal des plus approximatifs. Dans la foulée, produits de beauté halal, jouets halal et même… sex-shop halal, avec godemichets fabriqués à partir de jus d’hévéas tronçonnés en direction de La Mecque, on imagine. Gag : Paul Lamoitier, conseiller régional lepéniste du Nord-Pas-de-Calais, était, avant sa démission, en 2012, l’un des grossiums de la viande halal en France…

Dans cette affaire, au-delà des réactions hystériques de tels ou tels, féministes éberluées et complotistes voyant le Grand Remplacement jusque sous le tapis de leur salle de bains, une évidence s’impose : l’islam est devenu un marché comme les autres, tenu, tel qu’il se doit, par des aigrefins. Soit la progressive américanisation de l’islamisation de la France.

Dans cette affaire, les plus coupables sont encore nos musulmans qui, réduisant leur religion – magnifique hérésie chrétienne, soit dit en passant – à de simples interdits vestimentaires et à de banals codes vestimentaires, sont en train de parvenir à cet exploit consistant à chasser Dieu de leur propre religion. Remarquez qu’en la matière, ils ne sont pas exactement précurseurs : les protestants américains l’ont fait avant eux en mettant le même dieu sur leurs billets de banque et, en matière de puritanisme mercantile, Calvin fut bel et bien le premier des wahhabites, avec les funestes résultats qu’on sait.

Après, charge symbolique d’une pression migratoire des plus envahissantes mise à part, le burkini est à peu près aussi crétin que les scoubidous de notre enfance.

À lire aussi

Film : Le moulin des supplices, de Giorgio Ferroni

S’il y a des films qui marquent leur époque et d’autres qui se contentent de surfer sur le…