Quand certains Marocains rêvent d’une « Reconquista » des territoires espagnols

La France, par ses positions passées et présentes, ne serait pas alors le meilleur soutien de l’Espagne.
©Sémhur / Wikimedia Commons, Domaine public
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Au large des côtes marocaines, à quelques centaines de mètres (seulement) du continent africain, un minuscule îlot inhabité est l’un des symboles de la rivalité persistante entre le Maroc et l’Espagne. L’île du Persil a beau n’être qu’un rocher d’environ quinze hectares situé à une dizaine de kilomètres de Ceuta, cela ne l’empêche pas d’être présentée par certains militants marocains comme une colonie espagnole devant être reconquise par le Maroc. C’est notamment le cas de Simon Mohamed Dinia Mekouar, fondateur du journal marocain The Atlas Times, qui considère ces territoires, à l’image de Ceuta, comme des terres à récupérer, allant jusqu’à vouloir voir se reproduire le coup de force par le nombre que fut la Marche verte de 1975.

Un territoire espagnol depuis plusieurs siècles

L’histoire de l’îlot Persil est ancienne et complexe. Contrairement aux territoires colonisés par les puissances européennes au XIXe et au XXe siècle, l’île n’a jamais été intégrée au protectorat espagnol établi sur le Maroc en 1912. Cependant, elle est considérée par Madrid comme un territoire sous souveraineté espagnole depuis plusieurs siècles, même si son occupation permanente n’a jamais été nécessaire en raison de sa taille et de l’absence de ressources majeures.

Sa proximité avec Ceuta, ville passée sous domination portugaise en 1415 avant d’être rattachée à la couronne espagnole en 1640, explique néanmoins son importance stratégique. Pour Madrid, l’îlot appartient à l’ensemble historique des possessions espagnoles situées sur la rive sud de la Méditerranée. Pour Rabat, au contraire, cette présence espagnole est perçue comme une survivance de l’époque coloniale. Cette lecture s’inscrit dans un discours plus large sur les territoires que le Maroc considère comme historiquement liés à son espace national, notamment Ceuta et Melilla.

La crise de 2002

La question de l’îlot du Persil a brutalement ressurgi le 11 juillet 2002, lorsqu’une dizaine de militaires marocains ont pris position sur l’île, officiellement afin de lutter contre l’immigration clandestine et la contrebande. Pour l’Espagne, cette présence constitue alors une violation de sa souveraineté territoriale. Le gouvernement de José María Aznar décide alors une intervention militaire dans la nuit du 17 au 18 juillet, baptisée opération Romeo-Sierra. Des forces spéciales espagnoles débarquent ainsi sur l’îlot et arrêtent les soldats marocains, qui sont ensuite remis aux autorités de Rabat.

Cette crise provoque toutefois une forte tension diplomatique entre les deux pays. Le Maroc rappelle son ambassadeur à Madrid et l’affaire est portée sur la scène internationale. Les États-Unis, alors dirigés par George W. Bush, jouent un rôle majeur dans la médiation entre les deux parties. Le 22 juillet 2002, un accord permet un retour au statu quo : l’île reste inhabitée, mais aucun des deux royaumes ne modifie officiellement ses revendications.

La question du soutien français

L’épisode de 2002 a également révélé les ambiguïtés de la diplomatie européenne. Selon Aznar, qui s’exprimait plusieurs années après les faits, Jacques Chirac aurait adopté une position favorable au Maroc plutôt qu’à l’Espagne, durant cette crise, expliquant que l’Espagne, comprenant qu’il n’y « plus rien à attendre de la vieille Europe », ait fait appel aux États-Unis. Selon Le Monde, en 2006, « le chef de l’État français n’avait pas l’intention de faire passer la solidarité européenne avant ses relations privilégiées avec le Maroc et Mohammed VI ». Cette déclaration, qui a été contestée par l’entourage de Jacques Chirac, illustre néanmoins une réalité : la France entretient depuis longtemps des relations particulièrement étroites avec le Maroc.

Deux décennies plus tard, les tensions autour de Ceuta ont maintenu cette réalité. Lors de la crise migratoire touchant l’enclave espagnole, la France n’a fait preuve d’aucune solidarité européenne : elle n'a pas rejoint les vingt-deux États membres de l’Union européenne ayant demandé une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur pour contrecarrer ces afflux massifs de migrants sur le Vieux Continent. Ces prises de position conduisent ainsi Simon Mohamed Dinia Mekouar à affirmer que, si le Maroc entreprenait une marche vers Ceuta ou l’île du Persil, « il n’y a aucun monde où la France défendra l’Espagne si nous marchons sur nos terres, africaines, marocaines (et nous le ferons). Absolument aucun », « la pression qu’on va foutre sur les colonies espagnoles sera violente ».

Ce dernier a également établi un parallèle avec la Marche verte, estimant que la communauté internationale finirait par accepter une nouvelle revendication marocaine comme elle l’aurait fait auparavant : « Rappel, aussi, que la Marche verte a valu au Maroc une condamnation onusienne et un tollé international. Plusieurs décennies plus tard, nous sommes maîtres de notre Sahara, avec le soutien de ceux qui nous ont condamnés. Nous marcherons encore ! Sur toutes nos terres colonisées ! » Une affirmation prouvant que les puissances d’hier, désormais réduites à la force des mots, ne sont plus craintes par ceux qui entendent imposer leur volonté par le nombre et la détermination.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

30 commentaires

  1. La France est coutumière du fait de privilégier ses relations avec ses amis musulmans au détriment des autres européens. Chirac était dans la lignée de François premier. On ne va pas aller mourir pour que Ceuta soit en Europe.

  2. Sanchez n’a pas demandé l’avis de ses voisins pour régulariser massivement, il l’a fait par idéologie et probablement par intérêt politique. Ceuta est géographiquement marocaine. Quelle était la position de l’Espagne quand la France était empêtrée en Algérie ? L’Espagne, avant 1957, oscillait entre une bienveillance envers les indépendantistes algériens et une solidarité avec la France, selon ses propres intérêts géopolitiques et internes. Arrêtons d’être des neuneus. Où se trouvent les intérêts géopolitiques de la France avec cette affaire, là est toute la question. Si l’on peut obtenir quelques contrats de l’un ou de l’autre avant de prendre position, profitons-en. Quoi qu’il en soit, protégeons nos frontières, revoyons le droit d’asile et ceux de nos prestations sociales ouvertes sans conditions au monde entier.

    • « Certains marocains veulent reconquérir les territoires espagnols », mais ils ont déjà conquis l’Espagne, la France et presque toute l’Europe.
      Poutine et Xi Ji Ping veulent coloniser par la manière forte, eux le font en s’invitant et réclament des aides de surcroît aux peuples qu’ils envahissent, c’est plus malin. L’ Europe fait la carpette, normal qu’ils s’essuyent les pieds dessus.

  3. C’est clair que l’Espagne doit abandonner Ceuta et Melilla au Maroc et par la même occasion récupérer Gibraltar. Par contre j’ai toujours considéré que la Seguia el hamra , sahara espagnol, entièrement habité par des Maures, pas des Marocains, aurait dû revenir à la Mauritanie. -(J’ai traversé ce territoire espagnol en 1974 pour aller en Mauritanie)

    • Si on suit votre « logique », Jersey doit être rendue à la France, l’Irlande du Nord doit être abandonnée par les britanniques, Chypre à la Grèce, Saint Pierre et Miquelon au Canada, Guantanamo à Cuba, etc. je peux continuer la liste encore longtemps. Arrêtez vos théories fumeuses et simplistes.

  4. Le Maroc peut même reconquérir toute l’Espagne, je m’en fiche totalement et d’ailleurs, ils sont aussi proches historiquement comme peut l’être l’Ukraine et la Russie… Pour moi l’Espagne et le Maroc c’est quasi le même pays donc je comprends qu’ils soient amis avec leurs frères musulmans, c’est le même peuple…

    • Vous souhaitez presque que les sarrasins se retrouvent à Poitiers ? Quant aux ressemblances ou amitiés que vous inventez seule l’ignorance peut justifier votre affirmation, culture différente, religion différente et quasiment aucun ADN partagé avec ces peuples d’Afrique ou d’Orient. Révisez vos sources.

      • Plus de 700 ans de colonisation musulmane en Espagne a largement mélangé ces deux peuples. De plus quand je vois l’amour que les espagnols portent aux français je le trouve similaire à l’amour que porte les musulmans aux français. En tant que français pour moi ce sont les mêmes à tous les niveaux et vu qu’ils régularisent les migrants en masse le prouve…

    • Bon il faut peut-être faire la différence entre l’Espagne du Nord et celle du Sud surtout du coté atlantique, Il y a là déjà de grosses différences, bien que le pays basque Espagnol à beaucoup changé ces dernières années et pas forcément en bien en tout cas dans les grandes villes.

    • Je vais en dire deux mots à mon épouse qui est andalouse, arrivée elle en France en 1966, française depuis 1979, année de notre mariage, qui est, je vous l’assure, bien plus patriote et française de cœur que nombre de Français eux-mêmes. car elle sait ce qu’elle doit à ce pays qu’elle aime par-dessus tout, dirigé aujourd’hui malheureusement par des annihilateurs de civilisation et des docteurs folamours.

  5. On a la même problématique avec l’îlot Europa qui appartient a la France.
    Située dans le détroit du Mozambique.. a égale distance entre Madagascar et le Mozambique.
    Une piste d’atterrissage permet une garnison de quelques militaires.
    Les abords maritimes seraient riche en pétrole.
    L’ile est revendiqué par Madagascar.

    • Dans la « zone » de Madagascar, c’est l’île de Mayotte qui pose vraiment « problème » ! …
      Et ce n’est pas prêt d’être réglé ! …
      Les « îles éparses » comme l’île Europa n’attire pas les « populations » ! … Y débarquer, c’est se dire qu’il va peut-être falloir « sucer des cailloux » ! …

    • Sanchez, comme Macron, et d’autres en Europe ne sont que des pions ultra minoritaires qui ont dû vendre leur âme au diable pour parvenir à leurs fins, plutôt la nôtre de fins d’ailleurs. arrivés au pouvoir, l’un grâce au fumeux front républicain écolo-socialo-communiste et centre droit, et pour Sanchez grâce à la gauche extrême espagnole, indépendantistes catalans entre autres qui aujourd’hui imposent à l’un et à l’autre leurs délires immigrationnistes. Les prochaines années en Europe seront enthousiasmantes, ou ne le seront plus jamais, nous avons affaire là, semble-t-il, au chant du cygne.

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