Carles Puigdemont, président déchu de , est donc parti en exil pour Bruxelles. On ne nous dit pas comment il a quitté l’. Nuitamment ? Mardi, RFI évoquait des “rumeurs les plus folles… sur les moyens de transport choisis par lui pour parvenir” jusqu’en . À pied, peut-être, franchissant une frontière qui, du reste, n’existe plus ? Par l’un de ces sentiers parcourus depuis toujours par les contrebandiers, les révolutionnaires, les princesses déchues ou, désormais en ces temps prosaïques, par les randonneurs équipés de la tête au pied chez Décathlon ? Ou bien, plus simplement, en prenant le premier avion ?

C’est vrai, on aurait aimé savoir, tout de même. Était-il caché dans une charrette de paille, dans le double fond d’un coffre de voiture ? Bref, quelque chose qui aurait eu de la gueule et l’aurait fait entrer de plain-pied dans la légende révolutionnaire. Histoire, aussi, de rattraper ses proclamations d’indépendance à répétition qui trouvent leur pendant dans le comique de même nom.

Parce que, il faut le reconnaître, c’est beau, un peu triste certes, mais romantique, romanesque même, l’exil . Ça vous donne d’emblée une stature historique. Les sécessionnistes d’aujourd’hui, dont le sens de la mesure impressionne, n’osaient-ils pas ces derniers jours évoquer les « pires heures » du franquisme ? De là à se comparer à ces centaines de milliers de malheureux qui durent fuir l’Espagne en 1939 lors de l’exode républicain, il n’y a qu’un pas…

Mais l’exil n’est pas le privilège des seuls révolutionnaires. Les rois aussi en goûtent parfois. On se souvient des premières pages de Servitude et grandeur militaires dans lesquelles Vigny évoquait, lors des Cent-Jours, la fuite de Louis XVIII vers la Belgique : “La grande route d’Artois et de Flandre est longue et triste…” Comment ne pas penser, aussi, à l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène ? Rien de tel qu’un exil définitif pour se forger une légende, pour peu qu’on se trouve un Las Cases qui sache tourner les phrases et tordre un peu l’Histoire ! L’exil, c’est aussi, en quelque sorte, la troisième voie. À Charles X, bravache, qui déclarait “Un roi qu’on menace n’a de choix qu’entre le trône et l’échafaud”, Talleyrand, qui avait de la mémoire, répondit “Sire, Votre Majesté oublie la chaise de poste…” Ce fut donc la chaise de poste.

L’exil, pour peu de trouver quelques bonnes âmes fantasques disposées à financer ce genre de danseuse, c’est aussi le gouvernement du provisoire qui dure. Plus ou moins longtemps. Un gouvernement qui se déplace, D’un château l’autre, comme l’a fort bien décrit Céline à propos du gouvernement de Vichy, réfugié à Sigmaringen de septembre 1944 à avril 1945.

Ainsi donc, Carles Puigdemont est à Bruxelles. Sa présence embarrasse le gouvernement belge, nous dit-on. Les « gouvernements en exil » embarrassent toujours les gouvernements du pays accueillant. C’est une constante. Vous pouvez vérifier.

Mais, au fait, pourquoi Bruxelles ? Évidemment, “pour porter la question catalane au cœur de l’, comme l’expliquait le JT de 3 mardi soir, montrant un Puigdemont donnant une conférence de presse en catalan, en espagnol, en français et en anglais dans une salle comble. Plus de demande d’exil politique, comme cela avait été annoncé initialement. Cet exil aurait pour motif louable de “limiter la violence” en Catalogne. Mais aussi de s’éviter la prison : en effet, Puigdemont est convoqué jeudi 2 novembre par la justice espagnole, et “le risque est grand qu’il soit arrêté”, a déclaré son avocat, comme le rapporte Le Point. La chaise de poste a du bon, finalement.

1 novembre 2017

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