Editoriaux - Justice - Politique - 6 mars 2016

PS : 0,7 % d’honnêteté

Ancien président de l’UNEF et, depuis 2012, député socialiste des Français de l’étranger, M. Pouria Amirshahi a rendu publique, hier, sa décision de démissionner d’une formation dont il était adhérent depuis trente ans, pour continuer à mener ailleurs une action militante en conformité avec ses idées. « Le PS, a-t-il expliqué, n’est plus qu’une machine électorale sans grandes convictions… La liste de ses renoncements donne le vertige… Ce n’est même plus l’aile droite du parti, ce sont les néo-conservateurs qui dirigent la France. »

Le propos est-il excessif ? Il est en tout cas difficile de contester que le programme et les promesses sur lesquels ont été élus, il y a quatre ans, le président de la République et, dans la foulée, la majorité parlementaire qui se réclamait de lui, n’ont pas grand-chose à voir avec les actions et les orientations du gouvernement que, sous son autorité, M. Valls dirige comme il peut et que M. Macron symbolise si bien.

Candidat à la magistrature suprême et se croyant, comme tel, contraint à la démagogie, M. Hollande se présentait (faut-il le rappeler) comme « l’ennemi de la finance ». Élire un socialiste, à l’en croire, c’était porter à la tête de l’État un obsédé de justice sociale, héritier de Jaurès, de Blum et de Mitterrand, un ami du peuple qui ferait de la lutte contre les inégalités sa priorité, qui serait toujours du côté des salariés contre les patrons, des faibles contre les forts, des humbles contre les superbes. On reviendrait aux 35 heures ébréchées par Sarkozy, on donnerait le droit de vote aux étrangers, on renégocierait les traités européens, on privilégierait la formation et l’emploi de la jeunesse, les fruits de la croissance mûriraient au soleil du socialisme et les cailles qui tomberaient du ciel toutes rôties feraient du quinquennat un long banquet républicain.

De rigueur budgétaire, d’orthodoxie monétaire, il n’était pas question. Pas plus que de soumission aveugle à nos maîtres américains et allemands, d’inféodation à la Banque centrale européenne, à la Commission de Bruxelles et au FMI. Pas plus que de la longue liste de cadeaux faits en pure perte au patronat, pas plus que du gel des salaires, pas plus que de l’inféodation aux lois du marché, pas plus que de la priorité donnée à la sécurité sur les libertés, pas plus – enfin et surtout – que du grand tournant en cours et de l’abandon dans la forme et sur le fond du socialisme au profit du libéralisme.

La question n’est pas, ici, de savoir si cette inflexion est bonne ou mauvaise, positive ou négative, réaliste ou erronée. Ce qui est certain est qu’elle est l’inverse exact des engagements solennellement pris, au nom du PS, par des gens qui se disaient encore socialistes alors que, depuis belle lurette, dans le secret de leur conscience, ils ne l’étaient plus ni de tête ni de cœur.

Mais, diront sans doute certains – que je vois déjà venir, au nom d’une morale qu’il est tellement plus facile d’exiger des autres que de pratiquer soi-même -, pourquoi M. Amirshahi ne démissionne-t-il pas aussi de son siège de député ? Trouve-t-il la soupe si bonne, etc. ? On connaît la chanson.

Ce n’est pas ainsi, me semble-t-il, que le problème se pose. Pourquoi diable serait-ce à ceux qui sont restés fidèles à leurs engagements et à leur mandat de céder la place plutôt qu’à ceux qui ont accumulé les compromissions et assument leurs reniements, toute honte bue ?

Plutôt que de chicaner, de fronder, de bouder, de manœuvrer, de tergiverser, de garder une étiquette qui ne correspond plus à rien, M. Amirshahi a choisi une position claire et nette. Un autre député, M. Philippe Noguès, l’avait précédé sur la même voie il y a quelques mois.

Deux cent quatre-vingt-neuf députés avaient été élus en 2012 sous les couleurs socialistes. Deux d’entre eux ont donc pleinement tiré les conséquences de la grande trahison du socialisme par leur parti. 0,7 % d’honnêtes gens, la proportion est faible. Certes, elle n’est pas plus élevée sur les bancs de la droite « républicaine ». Cette symétrie n’a rien de consolant ni pour la classe politique ni pour l’espèce humaine.

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