Editoriaux - Politique - Santé - Société - 10 janvier 2020

Projet de loi bioéthique : le Sénat plus progressiste que l’Assemblée nationale !

De la part du Sénat, majoritairement à droite, nous étions en droit d’espérer un peu plus de courage et d’audace pour résister à ce projet eugéniste. Et pourtant, mauvaise surprise, la Chambre haute ne remet pas en cause les grandes lignes du projet politique. Pire : elle les aggrave en introduisant des amendements encore plus transgressifs.

Deux jours seulement. Il n’en fallait pas plus pour expédier l’examen des 34 articles du projet de loi bioéthique. « Le texte adopté en commission est plus ouvert, plus progressiste que celui adopté par l’Assemblée nationale », se félicite Bernard Jomier, sénateur divers gauche, et autre corapporteur du texte au Sénat. Le projet de loi bioéthique adopté en commission, mercredi, sera débattu en séance publique du 21 janvier au 4 février prochain. Les élus y ont assoupli le recours à l’autoconservation des gamètes en laissant aux équipes médicales l’appréciation des critères d’âge. Le recours aux tests génétiques est autorisé, permettant de rechercher ses origines, mais l’autorisation expresse du donneur est requise pour les enfants nés de don, limitant fortement ce qui avait été prévu par l’Assemblée en matière d’accès aux origines. Par ailleurs, la filiation des personnes nées d’une « PMA pour toutes » n’est pas modifiée, un enfant pourra toujours « naître de deux mères ».

Le plus grave est sans doute la recherche sur l’embryon humain, devenue encore plus permissive avec la culture embryonnaire in vitro autorisée jusqu’au 21e jour au lieu de 14. Les embryons chimériques ou transgéniques restent autorisés et, surtout, le diagnostic préimplantatoire avant PMA permettant de dépister, entre autres, les personnes trisomiques et le double de DPI est autorisé, favorisant la « traque » des personnes porteuses d’anomalies génétiques liées au nombre anormal de chromosomes. En outre, ce recours au diagnostic préimplantatoire, qui avait fait l’objet d’intenses débats à l’Assemblée, a été élargi, pour améliorer la prise en charge des femmes en PMA.

Dans Valeurs actuelles, Jean-Marie Le Méné, président de la fondation Jérôme-Lejeune, dénonçait ce projet de loi « ni bio, ni éthique » : « Il est apparu indispensable de donner aux manipulateurs d’embryons la sécurité juridique qu’ils réclamaient. […] La loi de bioéthique ne protège pas la dignité de l’embryon mais l’intérêt des chercheurs. » Et pourtant, la fondation a prouvé qu’aucune recherche ne requérait l’instrumentalisation de l’embryon humain. « Pour cette raison, la loi a supprimé le prérequis de l’alternative scientifique, ce qui est la meilleure façon de démontrer que pour être en règle, il suffit de changer la règle », ironise son président.

Si tout reste à faire au cours des débats à venir, une loi aidant les familles qui accueillent des enfants porteurs de handicap serait préférable à cette pure folie d’une société triant les embryons. Une dérive eugéniste qui nous priverait de ce qui « parfois au-delà de l’épreuve nous apporte encore plus de vie », prévient la députée LREM Marie Tamarelle, citant la véritable richesse des personnes handicapées : « l’intelligence du cœur ». Nos sénateurs insensés feraient bien de s’en inspirer.

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