Editoriaux - International - Société - 10 janvier 2020

Salah Abdeslam et ses amis en prison et sur écoute : entre terrorisme et jeu vidéo…

Les autorités belges ne sont pas plus sottes que d’autres. Ainsi, quand , « cerveau » des attentats du 13 novembre 2015, se retrouve en prison, à Bruges, pas très loin des cellules occupées par Mohamed Bakkali, soupçonné d’être la « tête pensante » du carnage parisien ayant causé la mort de 131 personnes et en ayant blessé 450 autres, et de Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat du Musée juif de Bruxelles, en mai 2014, ces mêmes autorités sont à l’écoute. Logique, ces trois artistes ont tant à se dire…

Les enregistrements de ces discussions sont aujourd’hui déclassifiés et le moins qu’on puisse prétendre est qu’ils sont plus qu’édifiants. Ils pourraient revendiquer et justifier leur geste ; ils ne le font pas. Ils pourraient aussi prendre la mesure de leurs crimes et, éventuellement, faire montre d’un semblant de repentir ; mais, faute d’un semblant de cœur, sans même évoquer un supplément d’âme, rien. Pas même la religion, à les entendre.

Bref, on se croirait dans un jeu vidéo. Dans lequel l’existence, la leur, mais encore celle des autres, n’est rien. Normal : il suffit d’appuyer sur la manette pour se remettre quelques crédits de vie supplémentaire.

Au siècle dernier, le terrorisme était chose plus « sérieuse ». On se battait pour la libération d’une terre. Le FLN voulait une Algérie algérienne tandis que l’OAS entendait la garder française. L’IRA voulait une Irlande catholique et indépendante tandis qu’en face, d’autres Irlandais avaient un projet autrement plus britannique et protestant. Cela valait, et vaut encore, pour nombre de mouvements menant une guerre se riant des lois de la guerre ; ce qui est un peu la définition du terrorisme.

Ce terrorisme s’appuyait aussi sur des États constitués, sachant que la clandestinité est une discipline délicate : faux papiers, planques, relais discrets, passage aux frontières facilité par les autorités, armes et explosifs, voilà qui ne se trouve pas forcément chez le voisin d’à côté. Pareillement, en cas de prise d’otages, celle de l’OPEP (Organisation des pays exportateur de pétrole) à Vienne, par exemple, en 1975, par l’OLP palestinienne, obéit à une feuille de route précise. Ils ont une liste de prisonniers politiques à faire libérer tout en exigeant un avion pour rejoindre une capitale complice.

Là, rien de tel. Salah Abdeslam est censé se faire sauter au Stade de France, mais finit par jeter sa ceinture d’explosifs dans une poubelle. Explications ? « En fait, j’ai demandé un renseignement à un type. Il m’a regardé de la tête aux pieds : il regardait ma veste. Il voyait qu’il y avait quelque chose de bizarre. […] Avec la sacoche et tout, on dirait que j’avais de grosses fesses », dit-il, cité par CNews. Kim Kardashian n’aurait pas mieux dit. Quant au dispositif de mise à feu, il était défaillant. Artificier, c’est un métier.

La cavale ? Entre halte au McDonald’s, avec un menu poisson, tout de même : l’islamisation de l’américanisation de la société française n’en finit plus de causer les ravages qu’on sait. Quant à sa lettre d’allégeance à Daech, il la perd dans la rue.« Elle est tombée de ma poche. Je dois me méfier ? J’ai pas mis mon nom dessus, tu crois qu’ils peuvent savoir si c’est la mienne ? », demande-t-il à Mehdi Nemmouche.

C’est beau comme du Amedy Coulibaly qui, en janvier 2015, détient des otages à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, mais ne sait qu’en faire, n’ayant pas la moindre idée de ce qu’il convient de négocier avec le négociateur envoyé par les forces de l’ordre.

Bref, l’ubérisation de nos sociétés ne concerne pas que taxis et livreurs de pizzas. Chacun pour soi et tout pour ma gueule. Le terrorisme est, désormais, une franchise comme une autre. Même si les morts décèdent toujours à l’ancienne.

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