Editoriaux - International - 23 janvier 2019

Proche-Orient : Vladimir Poutine, le nouvel arbitre ?

L’ouragan islamique est passé au Proche-Orient, même s’il laissera des traces et que certaines poches de résistance demeurent à éradiquer. Les États, ou ce qu’il en reste parfois, en Irak ou en Syrie, reprennent leurs droits ; la politique, aussi. Ce qui vaut aussi pour Israël.

Malgré le traditionnel lyrisme arabe visant à son éradication, l’État hébreu est en voie de normalisation, abandonnant progressivement son ancrage américain pour devenir un acteur comme un autre, acteur déterminant, il va sans dire ; mais acteur, malgré tout, secondaire. Ce qui explique son alliance stratégique de plus en plus étroite avec l’Arabie saoudite et son actuelle diplomatie tendant au rapprochement avec les autres pays arabes de la région. Benyamin Netanyahou, malgré ses rodomontades, est aussi un pragmatique. Au même titre que Donald Trump, qui ne s’intéresse finalement à la cause israélienne que pour de simples considérations électorales, n’a fait qu’officialiser l’affaire en s’apprêtant à retirer ses troupes de Syrie.

Ce faisant, il fait encore œuvre de pragmatisme en sous-traitant le dossier à la Russie. Vladimir Poutine n’est pas le plus mal placé pour tenter, non pas forcément de résoudre la crise, mais au moins d’empêcher qu’elle ne s’envenime. Autant la Maison-Blanche est-elle plombée par son unilatéralisme pro-israélien et la pétaudière régnant en ses murs, autant le Kremlin bénéficie ici de sérieux atouts. En effet, le nouveau tsar pratique une politique qu’on pourrait qualifier de “harem” : “harem” dans lequel parviennent à cohabiter ces quatre épouses que sont respectivement Iran, Israël, Turquie et Syrie. Charge à lui de faire croire à chacune d’entre elles qu’elle est la favorite.

Téhéran, c’est l’allié historique depuis des siècles. Avec Tel Aviv, qui refuse désormais de ne dépendre que du seul parrain américain, allant même jusqu’à se rapprocher de Pékin, il partage la vision d’un monde devenu multipolaire. Avec Ankara, il multiplie les initiatives pour décrocher la Turquie de l’OTAN et de l’impasse européenne dans laquelle elle s’est fourvoyée. Avec Damas, c’est une autre alliance historique, mais fondée sur des rapports moins équitables : Bachar el-Assad doit tout à Vladimir Poutine. L’inverse est loin d’être vrai. Mieux : le maître du Kremlin a les mains autrement plus libres que son homologue américain, n’ayant pas à composer avec de puissants lobbies israéliens : il n’existe pas d’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) en Russie.

C’est grâce à cette position médiane que Moscou parvient à contenir le conflit larvé opposant Téhéran à Tel Aviv sur le théâtre syrien. En effet, depuis quelques semaines, les attaques aériennes se multiplient entre Tsahal, les soldats iraniens et leurs alliés du Hezbollah libanais. Autrefois, un tel conflit de basse intensité aurait été asymétrique, étant donné l’écrasante supériorité technologique de l’armée israélienne. Mais depuis la livraison des batteries antimissiles S-300 russes aux Syriens et aux Iraniens, les rapports de force ont été rééquilibrés, tandis que le fameux « Dôme de fer » censé assurer la sécurité de l’État hébreu commence à prendre des allures de passoire. C’est grâce à cet équilibre de la terreur que la situation demeure encore à peu près sous contrôle.

Faut-il pour autant craindre une guerre ouverte ? Rien n’est moins sûr. Certes, Benyamin Netanyahou se croit obligé de bomber le torse, en prévision des élections législatives du printemps prochain, scrutin à l’occasion duquel la sécurité sera évidemment un enjeu majeur. Mais, tel que noté par L’Orient-Le Jour, le 23 janvier 2018 : « Netanyahou souhaite avant tout éviter un conflit majeur avec l’Iran. » Pareillement : “Une guerre ne semble pas non plus à l’ordre du jour du côté de Téhéran.” Une chose demeure néanmoins certaine : rien ne se fera désormais sans l’aval de Vladimir Poutine. Lequel a tout intérêt à peaufiner, à la fois, son statut d’intermédiaire et d’homme incontournable. Bref, à conforter le leadership russe au Proche-Orient.

En la matière, faire mieux que les Américains ne relèverait pas de l’exploit.

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