On dit toujours du ridicule qu’il ne tue pas ! Heureusement, car il aurait pu y avoir plusieurs morts dans l’émission de Ruquier samedi soir, alors qu’il recevait Florian Philippot. Remercions le ciel, pour la circonstance, que l’équipe de “On n’est pas couché” ne l’était pas, car cela nous aurait privés d’un des plus beaux moments de la glorieuse correction politique qui hante le petit écran à intervalles de plus en plus réguliers à l’approche des élections présidentielles.

Un Laurent Ruquier égal à lui même dans ses habits de procureur gloussant, une Vanessa Burggraf qui avait revêtu, pour la circonstance, un sourire qu’on n’a jamais vu aussi crispé, un Yann Moix parfait dans le rôle de commissaire politique sévère à souhait, un Christophe Ono-dit-Biot dans le rôle de l’inspecteur sourire qui, comme au 36, quai des Orfèvres, succède au méchant policier pour faire parler le prévenu avec gentillesse. Mais le plus grandiose aura été, sans nul doute, la brochette de témoins de la poursuite plantés là comme au temps des fameux procès moscovites de l’époque du sinistre Beria en URSS dans les années quarante.

L’Oscar de la soirée revient, sans nul doute, à l’actrice Clémentine Célarié pour son rôle de vampire-qui-rencontre-une-gousse-d’ail-sur-son-chemin. À tel point que je me suis demandé, parfois, si elle ne s’était pas trompée de plateau. Refuser de serrer la main de quelqu’un qui vous la tend en secouant les vôtres comme si vous aviez vu Dracula relève plus d’une pathologie paranoïaque que d’un simple moment de trouble, car la psychose caractérisée de l’actrice a été vraiment soutenue par un délire systématisé pendant ces soixante minutes de procès public.

Physiquement, cela a dû être très dur pour la Clementine… salariée pour la circonstance par ce tribunal de la pensée politique : des lèvres pincées probablement jusqu’au sang, des mains torturées qui n’arrêtaient pas de triturer ce qui avait dû être une pauvre feuille de papier, mais surtout des yeux qui, à force de fixer la table, ont dû loucher longtemps après l’émission car elle ne les a levés qu’une seule fois dans un effort surhumain pour préciser que la fille d’Isabelle Mergault était… noire ! Sans compter le torticolis qu’elle a dû attraper en prime.

Quant à l’autre actrice, Isabelle Mergault, on peut probablement lui décerner le prix du meilleur second rôle de ce tribunal populaire pour ses airs de vierge effarouchée et compassée par la présence du diable sur le plateau. Vous m’excuserez de ne pas parler de l’obscur monsieur barbu et moustachu qui se trouvait entre les deux témoins à charge, car sa seule intervention fut d’applaudir à une seule occasion, comme au temps du Praesidium du Soviet suprême pour bien mériter de la bien-pensance du parti. Parti pour parti, prenons, amis lecteurs, celui d’en rire…

Tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, disait Nietzsche. Philippot l’est probablement beaucoup plus après l’émission qu’avant.

Je signerais volontiers une pétition pour une deuxième apparition dans la même émission…

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