Editoriaux - Justice - Société - 18 novembre 2019

Procès : les animaux malades de la bêtise humaine, cette autre peste…

Ici, on les encense, on les « chosifie », on les bichonne ; là, on attaque les bouchers au nom du véganisme ; là, encore, on promène avec soi son sanglier, son boa ou son poisson rouge estampillés « animaux de soutien émotionnel ». Bref, à en croire la rumeur, on n’a jamais tant aimé les animaux qu’aujourd’hui ! Et pourtant…

Pourtant, les procès contre ces pauvres bêtes se multiplient comme autant de signes de l’égoïsme contemporain et de cette fumisterie qu’est le « vivre ensemble », chanté sur tous les tons de la niaiserie ambiante.

Arrivent ainsi, ce 18 novembre, sur le devant de la scène médiatique, deux affaires de la plus haute importance ayant mobilisé justice, avocats et tribunaux pendant des années.

Aujourd’hui doit, en effet, être rendu par la cour d’appel de Colmar le jugement concernant Sésame, brave cheval œuvrant dans les vignes du Seigneur. Dans un temps préoccupé, dit-on, de culture verte et d’écologie tous azimuts, ses maîtres ont décidé de cultiver en biodynamie et ont attelé Sésame pour retourner la terre et assurer la « condition de vie harmonieuse entre terre, plante et environnement ». Comme le faisaient leurs ancêtres, donc, puisque la famille exploite ce vignoble alsacien d’Orschwihr depuis treize générations.

Bravo, enfin des écolos, des vrais, qui alignent les actes et les paroles ! Méritent une médaille de sainte Greta, ces gens-là ! Oui, mais non. Les propriétaires du gîte en face accusent Sésame d’un certain laisser-aller malodorant. « L’odeur du crottin et de l’urine, la présence massive de mouches et le bruit des chevaux » nuisent à la location, qu’ils disent. Le 3 juillet 2018, le tribunal d’instance de Guebwiller les a déboutés. Sésame vit sa vie de cheval et continuera de faire popo sur les chemins. Pas contents, les voisins ont fait appel. Verdict ce soir.

À l’autre bout de la France suivant une diagonale nord-est/sud-est, le tribunal de Dax va trancher une affaire de canards. Trop bruyants, ceux-là, qui ne savent pas fermer leur caquetoire. Les voisins ont porté plainte. Ont même fait venir un acousticien pour évaluer le préjudice. Des gens qui mangeront peut-être du foie gras à … allez savoir.

« Haro sur le baudet », écrivait La Fontaine. Aujourd’hui, haro sur les poules, les canards, les oies, les chevaux, vaches, cochons, couvées… Les animaux ne sont plus malades de la peste mais de la bêtise humaine. Qu’en dit la Justice ? À ce jour, les gallinacés semblent bénéficier de la faveur des tribunaux. En septembre dernier, le tribunal correctionnel de Rochefort, en Charente-Maritime, autorisait ainsi le coq Maurice à chanter et condamnait les plaignants aux dépens ainsi qu’à verser 1.000 euros de dommages-intérêts aux maîtres dudit coq.

On verra, ce soir, si les canards des Landes peuvent eux aussi continuer à caqueter et si le cheval Sésame peut encore ensemencer les vignes de son crottin et parfumer le comté de ses relents… En attendant le verdict, dégustons toujours le jugement de la cour d’appel de Riom, plein de jugeote et d’humour, rendu en 2007 dans une sombre affaire de poulailler qu’un sieur Rouget estimait, lui aussi, trop bruyant et puant :

« Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n’est encore parvenu à le dresser, pas même un cirque chinois ; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques tendres gloussements et des caquètements qui vont du joyeux (ponte d’un œuf) au serein (dégustation d’un ver de terre) en passant par l’affolé (vue d’un renard) ; que ce paisible voisinage n’a jamais incommodé que ceux qui, pour d’autres motifs, nourrissent du courroux à l’égard des propriétaires de ces gallinacés ; que la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine le boulanger, le violon le chef d’orchestre, et la poule un habitant du lieu-dit La Rochette, village de Salledes (402 âmes) dans le département du Puy-de-Dôme (1). »

(1) Le Monde du 25 février 2007

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