Prisons : le Conseil d’État retoque Darmanin au nom des droits des détenus
C’est une décision qui illustre, une fois encore, le bras de fer permanent entre le pouvoir politique, les juridictions administratives et les associations militantes. Mardi 5 mai, le Conseil d’État a suspendu en référé la circulaire de Gérald Darmanin interdisant les sorties culturelles et sportives des détenus. Une mesure pourtant prise dans un contexte explosif, après plusieurs évasions lors de permissions de sortie accompagnées.
Encore une décision lunaire du Conseil d'Etat !
Depuis quelques mois, le ministre de la Justice avait interdit les sorties au planétarium, au surf, au château de Versailles...
Et bien, le @Conseil_Etat vient de les rétablir, sur injonction de l'@OIP_sectionfr. https://t.co/jtEqD001Zv
— Pierre-Marie Sève (@pierremarieseve) May 5, 2026
Tout était parti de l’évasion spectaculaire d’un détenu, le 13 mars dernier, lors d’une visite organisée au musée du Louvre. Mais ce n’était pas un cas isolé. D’autres incidents avaient déjà eu lieu les 14 novembre et 28 décembre précédents, alimentant la polémique autour de ces sorties accordées à des prisonniers parfois considérés comme dangereux. Selon BFM TV, 70 évasions de détenus ont déjà été recensées depuis le début de l’année 2025, dont 22 lors de permissions de sortie.
Face à cette série noire, le ministre de la Justice avait signé, en mars 2026, une instruction suspendant temporairement ces activités extérieures, le temps de revoir les protocoles de sécurité. Mais pour le Conseil d’État, cette interdiction générale porte une atteinte « disproportionnée » aux droits des détenus.
Le juge administratif contre la volonté politique
La décision n’est pourtant rendue qu’en référé, dans l’attente d’un jugement sur le fond. Mais politiquement, le signal est fort. Une nouvelle fois, la plus haute juridiction administrative vient neutraliser une mesure présentée comme relevant du simple bon sens sécuritaire.
Pour Philippe Ballard, député RN et membre du groupe d’études des prisons et conditions carcérales à l’Assemblée nationale, cette décision illustre un phénomène désormais récurrent : « C’est encore une décision d’une haute cour de justice qui va à l’encontre du bon sens et des politiques », explique-t-il à BV. Le député dénonce une mécanique désormais bien rodée : « Le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel ou même les juridictions européennes entravent la volonté des politiques. »
De son côté, sur X, Bruno Retailleau a réagi vivement à la décision du Conseil d’État : « Il est urgent que nos plus hautes juridictions reviennent à l’esprit des lois : protéger la victime et punir le coupable. » Un message qui traduit le fossé grandissant entre l’exécutif et certaines hautes juridictions administratives.
Le ministre de la Justice interdit les sorties récréatives des détenus. Le Conseil d’Etat annule la décision.
Que vont penser les Français ? Qu’il est plus facile pour un délinquant de se voir offrir des activités sportives avec de l’argent public, que pour des parents qui…— Bruno Retailleau (@BrunoRetailleau) May 5, 2026
Même analyse du côté de Pierre-Marie Sève, directeur général de l’Institut pour la justice, interrogé par BV. Pour lui, la surprise est moins juridique que politique : « Aujourd’hui, la politique carcérale et pénitentiaire est plus décidée par les hautes juridictions et les associations que par le ministère de la Justice. »
Les associations militantes à l’offensive
Car derrière ce revers infligé au ministre de la Justice se trouvent deux organisations particulièrement actives : l’Observatoire international des prisons (OIP) et le syndicat CGT Insertion Probation, à l’origine du référé déposé devant le Conseil d’État.
Pour Pierre-Marie Sève, ces associations mènent désormais un véritable « militantisme sur le terrain judiciaire ». Selon lui, elles utilisent désormais les prétoires pour imposer des orientations que le débat démocratique ne parvient plus à faire triompher. « Les associations de gauche utilisent les tribunaux comme législateurs. »
Une stratégie qui dépasse largement le seul sujet carcéral. Immigration, sécurité, rétention administrative, justice des mineurs… les gouvernements et députés voient régulièrement leurs textes suspendus, censurés ou vidés de leur substance par des recours portés par des associations idéologiquement engagées.
Dans cette affaire, le paradoxe saute aux yeux : alors que l’exécutif tente de répondre à une inquiétude sécuritaire alimentée par plusieurs évasions, le débat se déplace rapidement vers les droits des détenus et l’accès aux activités culturelles.
Une nouvelle instruction en préparation
Contacté par Boulevard Voltaire, le ministère de la Justice insiste toutefois sur le caractère temporaire de la suspension. « L’instruction du 13 mars 2026 était une instruction temporaire, prise suite à une évasion de détenu en permission de sortir accompagnée », explique le ministère. Avant d’ajouter qu’une nouvelle instruction est actuellement en préparation afin de « sécuriser les modalités d’octroi des permissions de sortir collectives », tout en maintenant l’objectif de réinsertion.
Reste une question politique devenue centrale : dans la France contemporaine, qui décide encore réellement des politiques pénitentiaires ? Le gouvernement élu ou une alliance de juridictions administratives et d’associations militantes capables, en quelques jours, de faire tomber une décision ministérielle ?
À mesure que les recours se multiplient, beaucoup y voient le symptôme d’une République où le pouvoir politique semble de plus en plus placé sous tutelle juridictionnelle. Un système où le juge arbitre désormais non seulement le droit, mais aussi l’opportunité même des décisions publiques.
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78 commentaires
Le CC et le ÇA commencent à nous les gonfler !
Les détenus ont donc des droits que bien des Français ordinaires n’ont pas.
Déjà le droit de se distraire car ils n en n ont pas les moyens.
Encore un truc à supprimer.
ce ne sont plus des prisons mais des centres de vacances ou la seule punition est d’être privé de sortie: un peu de la colle quoi!
et tout ça au frais du contribuable !
les détenus n’ont aucun droit à faire des visites de musée et sorties alors que la plupart des Français ne peuvent pas s’offrir ces visites mais dans quel pays vivons- nous pour donner plus de loisirs à des voyous et toujours plus de sanctions pour les honnêtes gens ?
ce pays s’appellent la France !
avidement le conseil d état se protège au cas ou ils finiraient en prison ;;plus de droits aux detenus
Un enfant de cinq ans comprendrait qu’il faut supprimer ces autorisations débiles qui permettent à des prisonniers de s’évader, mais apparemment, des « juges » censés être intelligents, instruits, éduqués, n’ont toujours pas pigé cela ! Seigneur, quelle drôle d’époque !
Ces sorties sont un véritable scandale quand je pense qu’une grande majorité de Français n’ont plus les moyens, n’ont jamais eu les moyens de s’offrir des sorties loisirs faute d’argent, c’est une honte. Pour les gueux le slogan « métro boulot dodo » n’a jamais été aussi vrai que sous l’ère macron
Les différents soit disant conseils sont aux ordres de la Macronie et prennent des arrêts illogiques. Le en même temps bat son plein amenant des inepties et des décisions dangereuses. On marche sur la tête en France depuis 2017.
« Ca » fait bien plus longtemps que « la Justice » en FRANCE est dévoyée ! …
Cette dérive a commencé avec Badinter … Il fallait peut-être supprimer la peine de mort … SAUF que cette suppression a été le déclanchement de cette dérive PRO-criminelle au détriment des victimes et en même temps de la sécurisation de la société ! …
des nocifs tels que taubira et tellement d’autres ont profité de cette faiblesse pour accentuer encore plus la fracturation de la société française car ils sont profondément ANTI -FRANCE ! …
je suis convaincu que darmanin fait des propositions intéressantes et qui plaisent aux français avec l’Elysée en point de mire, tout en sachant pertinemment qu’elles seront retoquées par le conseil d’état
vous avez tout compris
Il n’y a aucun bras de fer entre » le pouvoir politique »,et le conseil d’état ..celui ci comme le conseil constitutionnel ou l’arcom n’obéissent qu’à Macron..pas a ses ministres..c’est lui qui en désigne les membres..Darmanin comme Philippe,Retailleau,Le Maire et tous les » macrono/ compatibles » pour etre poli,le
savent pertinemment…
Pour comprendre, il faut remonter voir qui sont les fondateurs de l’OIP
Conseil d’état métastasé par la gauche, à supprimer.
Bientôt le conseil d’Etat décidera qu’au nom des droits de l’homme on ne peut incarcérer personne…enfin, si dans un cas, seulement, si c’est une personne de droite. Le conseil d’Etat pourrait être dissous mais nos responsables n’en ont, soit pas le courage de le faire, soit pas envie car ils doivent y trouver quelques avantages. Gauchisme = progressisme = UE…La France est en voie de destruction par l’UE et ses sbires français … et les français votent à 98% pour les partis pro UE ; c’est à dire tous ceux de LFI au RN.
Il y a aussi une possibilité de supprimer cette loi concernant le pénitentiaire.
Que le ministre de la justice et le 1er ministre peuvent annuler cette loi sur les sorties
Formidable l’argent du contribuable pourra continuer à servir pour payer des visites au musée à des délinquants et des criminels. De quoi redonner des perspectives d’évasion. Pendant ce temps là le litre de gasoil file vers les 2,50 euros, tout va bien dans le pays.