Editoriaux - International - 21 mars 2019

Prise d’otages à Milan : ç’aurait pu être une belle histoire d’intégration…

Ce pourrait être l’histoire d’un modèle d’intégration, une belle histoire à lire aux petits enfants, le soir au coucher : celle d’Ousseynou Sy.

Affrontant les flots sur un radeau de fortune, sauvé du naufrage par l’Aquarius (ou l’équivalent), il avait, en 2004, débarqué de son Sénégal sur les côtes italiennes. Il y trouva l’asile, puis l’amour… Ousseynou devint italien, épousa une belle Italienne, obtint un travail, un logement. Bref, il refit sa vie.

L’histoire pourrait s’arrêter là : ils vécurent heureux et eurent deux beaux enfants à l’ombre du Duomo, entre pizzas et Valpolicella…

Mais allez savoir pourquoi, Ousseynou Sy, ce modèle d’intégration, s’est tout à coup mué en terroriste. Est-ce l’effet de son divorce d’avec la belle Italienne ? Mercredi, alors qu’il conduisait son bus avec 51 enfants à bord, il a décidé de changer le cours de leur sortie scolaire pour les assassiner. Ils roulaient vers le gymnase avec trois accompagnateurs lorsque Ousseynou a pris la direction de l’aéroport de Milan. Il a arrêté son bus, sorti bidons d’essence et briquet puis, sous la menace d’une arme et d’un couteau, a fait entraver les collégiens par leurs accompagnateurs et récupéré tous les téléphones avant d’asperger le bus.

« Personne ne sortira d’ici vivant ! », a lancé Ousseynou à la cantonade. Il avait mûri son projet, préparé minutieusement son quart d’heure warholien. « Ses actes étaient “prémédités” depuis plusieurs jours, “il voulait que le monde entier puisse parler de son histoire” », a déclaré à la presse le chef de la cellule antiterroriste de Milan.

Ah, le désir fou de la célébrité…

Les enfants n’ont dû leur survie qu’au courage de l’un d’entre eux. Ayant réussi à se libérer de ses liens, le collégien a ramassé un téléphone tombé à terre et appelé la police. Tous ont pu sortir du bus en flammes, de même qu’un père de famille et son fils percutés par le bus fou et dont la voiture est, elle aussi, partie en fumée. « C’est un miracle, cela aurait pu être un carnage. Les carabiniers ont été exceptionnels pour bloquer le bus et faire sortir tous les enfants », a déclaré le procureur de Milan à la presse.

Ousseynou Sy n’a pas dit agir au nom de l’islam. Son terrorisme n’est pas à vocation missionnaire mais “humanitaire”, si l’on peut oser la formule. « Il nous menaçait, disait que si nous bougions, il verserait l’essence et allumerait le feu – ce qu’il a fait ! Il n’arrêtait pas de dire qu’il y avait tant de personnes en Afrique qui continuaient à mourir et que c’était la faute de Di Maio et Salvini », ont rapporté les enfants, ajoutant que le chauffeur aurait affirmé avoir perdu « trois enfants en mer »
.
Monsieur Sy n’aime pas le gouvernement de sa terre d’adoption. Il « voulait faire un geste éclatant pour attirer l’attention sur les conséquences des politiques migratoires », a dit son avocat. Vu sous cet angle, c’est une sacrée réussite ! Prendre un bus scolaire en otage et conduire 51 enfants à la mort la plus atroce, voilà en effet qui va donner aux Italiens et à leurs frères européens le désir d’accueillir les migrants à bras ouverts !

On apprend, ce matin, que “le ministère [de l’Intérieur] est à l’œuvre pour vérifier la possibilité de retirer la citoyenneté italienne au Sénégalais”.

À ceux qui trouveraient particulièrement cruel, voire criminel, qu’on songe à renvoyer Ousseynou Sy vers sa terre d’origine, on signalera que le pays de Léopold Sédar Senghor, d’Abdou Diouf et d’Abdoulaye Wade est l’un des plus stables et des plus prospères du continent africain. Chauffeur de bus en Casamance, ç’aurait pu être aussi un beau métier, non ?

Dernière question : si notre vieux monde est si pourri, si cruel, si injuste et si insupportable qu’il faille en passer par l’holocauste de ses enfants, pourquoi les Ousseynou Sy s’y précipitent-ils en masse ?

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