Editoriaux - Santé - 21 mars 2019

Le projet de loi santé : encore des rustines !

Le projet de loi santé, dont l’examen a débuté le 18 mars à l’Assemblée nationale, tente d’apporter des solutions pour maintenir à flot notre système de santé qui, hélas, fait eau de toute part. Nous sommes en train de subir les conséquences de décisions inappropriées voire imbéciles, qui ont été souvent prises en matière de santé publique.

Nos dirigeants politiques ne sont pas les seuls coupables, et les médecins ont leur part de responsabilité dans cet échec, car en ayant joué les gagne-petit et privilégié le court terme plutôt que d’avoir cherché à développer des solutions pour préserver l’essentiel de leur pratique, ils risquent de se retrouver bientôt dépossédés de ce qui donne toute sa valeur à leur exercice et à la relation médecin-malade.

Au lieu de rechercher l’étiologie de ces symptômes qui sont l’émergence d’un mal plus profond pour lequel il faudrait entreprendre des réformes structurelles, nous risquons, une fois de plus, de poser un emplâtre sur une jambe de bois en proposant des réponses simplistes à de vrais problèmes :

Près de quatre millions de Français sont dépourvus de médecin traitant, ce qui les condamne à un taux de remboursement de 30 % au lieu de 70 % sur les consultations. Pour les technocrates, la solution est simple : il suffit que ces malades en fassent la demande et leur caisse d’assurance maladie désignera, d’office, un praticien pour leur servir de médecin traitant. Simple, non ? (À noter que ceux qui bénéficient d’une aide médicale, CMU ou autre, n’ont que faire de ces formalités administratives.)

Pour éviter que certaines zones du territoire ne soient considérées comme étant des déserts médicaux, le projet de loi prévoit que les étudiants en médecine devront faire valider un stage dans ces “zones caractérisées par une offre de soins insuffisante ou par des difficultés dans l’accès aux soins” et le tour est joué. On voudrait pouvoir y croire, mais malheureusement, le problème est beaucoup plus complexe et ne se résume pas, non plus, à la simple création de maisons médicales pluridisciplinaires, comme semble le croire M. Philippe.

La fin du numerus clausus est également annoncée. Si la suppression de cette mesure, dont les résultats ne se feront sentir que dans dix ans, hélas, semble bien admise par tous, il n’en est pas de même en ce qui concerne la décision d’accorder aux pharmaciens le droit de délivrer des médicaments normalement prescrits sur ordonnance.

Les médecins sont surchargés et ne peuvent recevoir rapidement certains patients. Pour y remédier, le gouvernement a donc envisagé que les pharmaciens puissent prescrire certains médicaments. L’Ordre national des pharmaciens y voit même “une avancée majeure en termes de santé publique”. Sans partager cet optimisme béat, on peut cependant voir dans cette proposition un élément positif afin d’éviter que le malade n’encombre la consultation pour une pathologie bénigne. Les pharmaciens assurent déjà ce rôle de conseil thérapeutique pour beaucoup de petites pathologies mais ne peuvent pas délivrer de médicaments nécessitant une ordonnance médicale.

Si le texte est approuvé, ils auront le droit d’en utiliser certains. C’est précisément là que le bât blesse. Les médecins rappellent, à juste titre, que, pour prescrire, il faut d’abord poser un diagnostic et que, sous prétexte d’aider les patients, on risque de leur prescrire des médicaments sans examen et sans tenir compte de leurs antécédents, ce qui est un argument tout à fait recevable. Mais on peut estimer aussi que, dans certains cas, à condition de respecter les contre-indications et les interactions médicamenteuses, le pharmacien puisse délivrer un médicament sur ordonnance ; reste à savoir quelles pathologies vont être concernées et où va être situé le curseur fixant les limites de ces prescriptions.

Cependant, les médecins et les malades devront rester vigilants et veiller à ce que chacun conserve ses compétences si on veut éviter qu’un jour, un drame ne se produise.

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