Faut-il considérer, comme on l’entend et qu’on le lit avec une sorte d’allégresse caustique qui ridiculise des personnalités et un futur proche avant même qu’ils aient déçu, que Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Vincent Peillon ne sont pas dignes de se livrer à cet exercice qui a pour but de désigner le meilleur pour 2017 au nom de la gauche de gouvernement ? Qu’ils refléteraient la "crétinisation" de celle-ci ?

Je pourrais me contenter de citer Henry de Montherlant pour qui "celui qui abaisse, c’est qu’il est bas" mais j’admets volontiers qu’on ne peut pas se limiter à une approche individualisée de chacun car celle-ci ne serait pas de bonne foi si elle déniait à ce quatuor dans un registre différent, du talent, de la force dans l’argumentation, une capacité à proposer des mesures nouvelles, d’autant plus appréciable qu’elle est le fait de gens n’ayant pas été étrangers à ce gouvernement et, donc, au bilan de François Hollande.

Cette constatation n’empêche pas de juger, par exemple, Peillon trop professoral et condescendant, Montebourg trop variable, Hamon trop socialiste et Valls trop à court puisque, selon le Président, sa seule ambition était de le "virer".

Où serait, alors, ce qui justifierait un mépris à peine poli à l’encontre de ces quatre figures ?

Ils ne seraient pas des hommes d’État. Ils sont rares, les caractères qui, à droite comme à gauche, ont su d’emblée, avant même l’exercice plein et entier du pouvoir, démontrer qu’ils seraient évidemment accordés avec ce qui apparaît comme le destin politique par excellence.

Georges Pompidou a mis du temps pour s’affirmer comme un remarquable Premier ministre. Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, qui n’ont pas été, dans un contrasté, des Présidents de bas étage, n’ont pas forcément, malgré la haute opinion qu’ils avaient d’eux-mêmes, brillé sous la IVe et la Ve République dans des postes inférieurs. Un homme d’État est une création, une réponse à un défi, parfois une tension qui conduit à se dépasser et à atteindre l’inconcevable. En sens contraire, François Hollande a toujours été en deçà de sa fonction et Nicolas Sarkozy aussi, mais sur un autre mode.

Ils n’auraient pas de vision à long terme, seraient des boutiquiers du pouvoir, ne sauraient pas exalter le peuple. Peut-être, mais la gauche est victime, comme la droite à qui le même reproche a pu être fait, de ce monde, de cette Europe, de ce rétrécissement des ambitions et du fait que le destin national n’est même plus assuré d’être tout entier libre et autonome. En définitive, les candidats, même sans dessein de tromperie ni perversion intellectuelle, sont contraints de faire comme si, le moment venu, ils allaient pouvoir tout faire alors qu’ils savent que c’est en partie inexact. Ils verbalisent un volontarisme d’autant plus massif que son effet est de moins en moins garanti.

Je déteste le confort citoyen de la dérision à l’encontre d’hommes dont, obstinément, on attend le meilleur mais qu’on dégrade sans cesse avec complaisance. L’ennui ne se trouve jamais dans ce que la démocratie a trouvé de moins mauvais pour éclairer et permettre de choisir. Sauf à prôner du spectaculaire là où il n’a que faire.

Je ne voterai pas pour l’un des membres de ce groupe mais, bien au-delà de lui et pour rendre justice à une classe politique que des brebis galeuses ne sont pas parvenues à entraîner tout entière dans leur naufrage, j’ose solliciter une forme d’indulgence.

Ils ne sont pas si nuls que cela, à gauche. Qu’elle veuille bien me donner raison le 22 et le 29 janvier.

Extrait de : Sont-ils si nuls que cela à gauche ?

12 janvier 2017

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