Pourquoi la liberté d’expression est-elle aussi menacée aujourd’hui en France ?

Cette liberté d’expression née en France dans les salons du XVIIIe, installée durablement en Amérique avec le 1er amendement, mais inspirée par l’Angleterre, cette chère vieille Angleterre – « des Zemmour anglais, il y en treize à la douzaine, et ça ne viendraient à l’idée de personne de les faire taire, parce qu’il y en a autant de l’autre côté qui disent le contraire », nous dit Aldo Sterone, le YouTubeur algérien d’Angleterre… derrière son volant à gauche.

Cette liberté née au Café Procope y reste désormais cantonnée sur les menus malgré l’instauration du prix Procope des Lumières. La parole est longtemps restée libre dans les estaminets où l’on préservait la couche d’eau-jaune plus que d’ozone, mais, me disait un ami, pauvre lecteur du Figaro à qui l’on dessert la tasse, à peine a-t-il fini son café, « dans les cafés-restaurants parisiens, où les grands brasseurs font la loi, le “Bois, paye et tais-toi” est devenu, avec la disparition du comptoir, source de débats et d’éclats de voix, et la nécessaire rotation du client-à-hublot assis, “Mange, paye et casse-toi”. » Chut !

Quelques résistants encouragent la parole libre des commensaux, parce que les clients sont leurs hôtes. Ainsi l’ami Thibault, niché au cœur de Saint-Germain-Des-Prés, est à la manœuvre entre les tables qu’il domine de sa haute stature. On s’y rend comme au pub. On se faufile au bar. Ce lieu de liens est le grain de sénevé dont parle Jésus.

Chacun a son Paris dans Paris, disait Sacha Guitry, et chacun y a son bistrot, mais le pire est en province ; à part « le bar de Campagnol » de notre ami Christian Combaz, le petit bistrot du village a été tué par la paupérisation, le RSI et la peur du gendarme – des ministres parlent même de supprimer les deux derniers verres autorisés (Ricard, vin, bière…) – et ce n’est pas surprenant que la libre parole se soit réfugiée sur les ronds-points l’hiver dernier, avant d’être récupéré par la CGT.

En même temps, on assiste à des lynchages sur les réseaux sociaux : « Ça a été atroce. Les gens ont fait des appels au meurtre, au viol, ils ont dit qu’ils allaient brûler ma maison, ils ont menacé mes enfants », a confié Julie Graziani, catholique, conservatrice et libérale, intervenant sur LCI. Des avanies en place publique se sont multipliées. Finkielkraut a subi les deux. Peu à peu, les intolérants joignant le geste à la parole, une terreur rouge-brune monte, rappelant les pires heures de la Révolution française. Renaud Camus se serait fait agresser au jardin du Luxembourg. Gabriel Matzneff a dû être exfiltré d’un café du Quartier latin où avait lieu une conférence littéraire. La « bêtise à front de taureau » dont parle Baudelaire devient chaque jour plus violente et plus hystérique.

Une conférence de Sylviane Agacinski annulée à Bordeaux, et jusqu’à ce pauvre Hollande, « l’ectoplasmique » ancien Président, que des militants d’extrême gauche ont empêché de tenir conférence en envahissant l’amphi de la fac de Lille pour, ensuite, détruire méthodiquement les 450 livres stockés là pour la vente. Le prétexte étant le geste tragique de cet étudiant de Lyon ; mais quel rapport ? Cet autodafé rappel les pires heures de la montée du nazisme. Partout, c’est toujours l’extrême gauche.

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Si Voltaire n’a jamais écrit cette phrase apocryphe, il cultivait ce paradigme. Croyez-vous que ces soi-disant libertaires aient entendu parler de ce François-Marie Arouet ?

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