Crise des gilets jaunes : un chapitre II plus angoissant que le chapitre I

Le samedi 16 novembre, place d’Italie, dans le 13e arrondissement de Paris, des scènes de violence ont gâché le premier anniversaire des gilets jaunes. Dès le milieu de la matinée, des Black Blocs agressaient déjà les forces de l’ordre, ceci donnant au préfet une bonne raison d’annuler la manifestation préalablement autorisée. La présidente du RN Marine Le Pen a été la première à dégainer une phrase choc, via son compte Twitter, contre le gouvernement Philippe et sa perpétuelle incapacité à appréhender ces anarcho-libertaires : « Le gouvernement a laissé ses idiots utiles, les #BlackBlocs, tout casser, attaquer policiers et pompiers, détruire une stèle en hommage au maréchal Juin. »

La principale figure de proue de la droite nationale ne peut pas être loin de la vérité, dans la mesure où ces exactions ont été réalisées en 53 actes, depuis le début de la fronde sociale ; « la France périphérique » (dixit le géographe social Christophe Guilluy) arrivant, par conséquent, de moins en moins à faire entendre sa voix. Une vidéo diffusée sur le site de France Info semble confirmer cette thèse, et ce, à travers l’article intitulé « Des policiers se sont-ils fait passer pour des Black Blocs lors de la manifestation des “gilets jaunes” samedi à Paris ? », publié le 17 novembre. De toute façon, les experts en maintien de l’ordre savent parfaitement que ces « autonomes » appliquent des protocoles parfaitement rodés, remontant à des plans d’action élaborés depuis les années 80 en ex-RDA : utiliser tout le mobilier urbain à disposition et détruire la devanture des sites symbolisant « le grand capital ».

Selon un article de l’hebdomadaire Marianne, paru sur la Toile, le 4 mai 2018, le profil sociologique de ces fauteurs de trouble est largement compris dans la classe moyenne supérieure. D’où un sentiment d’impunité en cas d’interpellation. Alors, agents provocateurs ou non, ces personnages, in fine dignes de ceux des jeux vidéo, peuvent se donner des sensations fortes, sous le joug d’une époque célébrant l’infantilisation généralisée.

Sans compter le fait que la Macronie ne se pardonne pas à elle-même d’avoir fauté en matière de prospective, de n’avoir pas vu que l’ordre virtuel, celui du 2.0, pouvait déterminer à ce point la réactivité du peuple réel. Donc, rien de plus rageant, pour les technocrates, d’être renvoyés à leurs chères études. Et, plus généralement, de Hong Kong au Liban, le modèle démocratique et libéral tremble devant un cloud (nuage numérique) qui gonfle en dépit de savants algorithmes. Ou comment la bête a échappé à ses maîtres. Juste le réveil de néo-prolétaires contre une association de start-upers…

Toujours est-il que les syndicats de la police nationale sont nombreux pour affirmer que les groupuscules dits « d’ultragauche » sont fichés par les services de renseignement et qu’il suffit simplement de les arrêter en amont, autrement dit à titre préventif, comme cela se fait pour les supporters interdits de stade. Voilà pourquoi tous les coups ont été, sont et seront permis.

Selon le journaliste indépendant David Dufresne, on dénombre, à ce jour, parmi les victimes du LBD, 24 éborgnés et 5 mains arrachées. En définitive, à chaque révolte demeureront du son, du sang et de l’image. Comme si, au-delà de Foucault et de Debord, il fallait admettre que ces démocraties sont, de la manière la plus cynique qui soit, des sociétés et du spectacle et de la surveillance.

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