Editoriaux - Polémiques - Social - 9 novembre 2019

Pour en finir avec l’affaire Julie Graziani

Haro sur le baudet ! La presse bien-pensante s’indigne des propos tenus par Julie Graziani, lundi 4 novembre, sur le plateau de LCI. Elle réagissait au témoignage d’une femme célibataire face à Emmanuel Macron. « Seule avec deux enfants, au SMIC, je ne vois pas trop comment on peut s’en sortir. » Réponse de la chroniqueuse : « Qu’est-ce qu’elle a fait pour se retrouver au SMIC ? Est-ce qu’elle a bien travaillé à l’école ? Est-ce qu’elle a suivi des études ? Et puis, si on est au SMIC, il ne faut peut-être pas divorcer non plus, dans ces cas-là. »

Le mensuel L’Incorrect, auquel elle collaborait régulièrement, a annoncé qu’il cessait de travailler avec elle. Assez courageusement, l’intéressée a assumé sa position, tout en présentant ses excuses pour la forme de son propos. Mais le mal est fait. Le lynchage sur les réseaux sociaux a atteint des proportions inouïes : “Ça a été atroce. Les gens ont fait des appels au meurtre, au viol, ils ont dit qu’ils allaient brûler ma maison, ils ont menacé mes enfants. Par moment, j’ai eu peur qu’ils trouvent mon adresse et viennent chez moi. J’ai encore peur“, a confié Julie Graziani.

N’allons pas ajouter aux hurlements de la meute. D’autant plus que ces loups qui la poursuivent sont souvent les plus fervents soutiens d’Emmanuel Macron, dont les propos sur le même thème sont tout aussi odieux. Entre les illettrées de GAD, ceux qui ne sont rien et la pêche aux Comoriens, sans compter le pognon de dingue que coûtent les allocations, le chef de l’État a clairement donné le mauvais exemple. Il n’en reste pas moins que ces propos, de la part d’une catholique, sont difficiles à entendre, parce qu’ils manquent de nuance et de charité. Ils sont marqués par un ultralibéralisme assumé par leur auteur, en totale contradiction avec la ligne de l’Incorrect et, plus largement, avec la vision d’une société qui mettrait à l’honneur les solidarités traditionnelles plutôt que l’individualisme moderne.

Propos condamnables, certes. Mais ils ont le mérite de rouvrir un débat, souvent tabou. Celui des conséquences de l’individualisme libéral, qui tend à supprimer tout corps intermédiaire entre la personne et l’État. Et celui de la responsabilité individuelle. Sans anathème, sans généralisation hâtive, sans condamnation, est-il possible d’évoquer à la fois ces cas dramatique de femmes isolées, abandonnées, incapables d’assumer des choix de vie auxquels elles ont été entraînées sans bien en comprendre les conséquences, mais aussi ce que n’importe quel juge constate chaque jour : le nomadisme sentimental, les enfants générateurs d’allocations-pensions, le refus de l’effort et de l’engagement qui mènent tout droit à ces situations ?

Parce que tout cela existe. Les malheureuses authentiques comme les profiteuses cyniques. Et, entre les deux, toutes celles que la société de consommation a tellement déstructurées qu’elles en sont devenues incapables de poser des choix justes, nuancés et réfléchis. Quel est le degré d’irresponsabilité de la gamine de 18 ans qui entame une grossesse avec un compagnon de passage qui l’aura peut-être quittée avant même qu’elle n’accouche ? Et qui peut répondre à cette question sans invoquer quelques principes essentiels, et sans adoucir ces principes par la prise en compte de chaque situation personnelle ?

Si les propos blessants de Julie Graziani pouvaient contribuer à ouvrir le débat, réjouissons-nous. Un tel débat est plus que nécessaire. Peut-être à partir des explications qu’elle a données : « Je ne pense pas non plus qu’il faille laisser chacun à son sort, en tuant toute forme de solidarité. En revanche, la solidarité devrait avant tout passer par la famille et les corps intermédiaires (tissu associatif local, solidarité de proximité, églises, œuvres de bienfaisance, etc.). C’est parce que l’État-providence a détruit ces corps intermédiaires que l’individu s’est retrouvé atomisé, seul en face de l’État qui, de décennie en décennie, a voulu combler ce vide en s’immisçant de plus en plus dans notre vie privée. […] C’est cette forme de solidarité que je veux restaurer, l’État devant à mon sens tenir un rôle subsidiaire de filet de sécurité. »

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